Mario Roatta

Mario Roatta, né le à Modène et mort le à Rome, est un militaire italien, qui fut chef d'état-major du Regio Esercito, l'armée du Royaume d'Italie et le chef du Service de renseignement militaire de l'Italie fasciste (Servizio Informazioni Militari) sous les ordres de Benito Mussolini[1].

Mario Roatta

Mario Roatta

Nom de naissance Mario Giuseppe Leon Roatta
Naissance
Modène, Émilie-Romagne, Italie
Décès
Rome, Latium, Italie
Origine Italie
Allégeance Royaume d'Italie
Arme Regio Esercito
Grade Général
Commandement 84e régiment d'infanterie Venezia
Corpo Truppe Volontarie
Chef d'état-major du Regio Esercito
Commandant de la IIe armée en Yougoslavie
Conflits Première Guerre mondiale
Guerre d'Espagne
Seconde Guerre mondiale
Distinctions Médaille de la valeur militaire
Autres fonctions Chef du Service de renseignement militaire de l'Italie fasciste

Il était sur la liste des criminels de guerre italiens dont l'Éthiopie, la Grèce et la Yougoslavie ont demandé l'extradition.

Après-guerre, il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pour les crimes de guerre commis sous sa direction par l'armée italienne dans les Balkans[2],[3].

Guerre civile espagnole

Mario Roatta a combattu aux côtés des forces de Francisco Franco dans la guerre civile espagnole et fut en nommé commandant en chef du Corps des troupes volontaires (Corpo Truppe Volontarie ou CTV, le corps expéditionnaire italien). Son commandant adjoint était Luigi Frusci.

Au début de 1937, Maro Roatta a conduit les forces italiennes dans la bataille de Málaga, une victoire des nationalistes. Ensuite, il joue un rôle majeur dans la planification de la bataille de Guadalajara, victoire républicaine et défaite italienne.

En 1938, Mario Roatta a été remplacé en tant que commandant en chef de la CTV par Ettore Bastico et prend la direction de la Division Flechas.

Commandant des troupes italiennes en Yougoslavie

Roatta succède début 1942 à Vittorio Ambrosio à la tête de la IIe armée italienne, avec autorité sur l'ensemble des zones d'occupation italiennes en Yougoslavie. Il est alors confronté à plusieurs insurrections simultanées, menées par les Partisans communistes à la fois en Slovénie occupée et dans l'État indépendant de Croatie, où le régime des Oustachis, après avoir lancé des massacres de grande ampleur contre la population serbe, se montre incapable de contenir les soulèvements et de gérer les territoires. Roatta publie en mars la Circulaire 3C (en italien : Circolare 3C) sur les opérations de maintien de l'ordre. Elle prévoit l'internement à titre préventif et répressif des familles et des « catégories d'individus » dans les villages, voire des villages entiers, de multiplier les arrestations d'otages civils et de considérer les populations locales comme responsables des sabotages commis dans leur région. Des camps de concentration sont ouverts dans les zones italiennes et accueillent progressivement, dans des conditions effroyables, des dizaines de milliers de personnes  suspects, otages, ou bien populations de Slovénie et de Dalmatie chassées de chez elles et déportées pour faire place à des colons italiens[4].

La Circulaire 3C de Roatta équivaut par son contenu à une « déclaration de guerre » à la population civile. Les instructions de Roatta sont appliquées avec un zèle particulier par le général Mario Robotti, commandant militaire de la province de Ljubljana, zone italienne de la Slovénie occupée[5],[6]. En Croatie et en Bosnie-Herzégovine, pour garder sous contrôle une partie du territoire, Roatta s'appuie sur les Tchetniks locaux qui ont conclu avec les Italiens des accords de non-agression dès l'été 1941. Il signe en avec le régime oustachi un accord autorisant la création d'une Milice volontaire anti-communiste, qui se confond dans les faits avec les groupes tchetniks. Il obtient en retour que ceux-ci reconnaissent le gouvernement de l'État indépendant de Croatie et mettent un terme aux violences contre les Croates[7]. Dans les faits, cependant, les termes de l'accord ne sont pas respectés par les chefs tchetniks qui continuent à se livrer à des massacres de populations civiles : malgré les protestations du régime oustachi, Roatta continue de les utiliser comme auxiliaires[8].

Sous le commandement de Mario Roatta, la violence et le nettoyage ethnique contre la population civile slovène équivaut à celle allemande [9]: exécutions sommaires, tuerie d'otages, représailles, internements dans les camps de concentration de Rab et Gonars, incendie des maisons et des villages.

Des instructions spéciales spécifient que les ordres doivent être « effectués énergiquement et sans aucune compassion[10] ». Mario Roatta persiste : « si nécessaire, ne pas hésiter à utiliser la cruauté. Il faut faire un nettoyage complet. Nous devons interner tous les habitants et mettre des familles italiennes à leur place[11]. ».

Dans une lettre envoyée à la maison, un des soldats de Roatta a écrit : « nous avons détruit tout de haut en bas sans épargner les innocents. Nous tuons des familles entières tous les soirs, les battons à mort ou on leur tire dessus[12] ».

Selon les historiens James Walston[13] et Carlo Spartaco Capogeco[14], le taux de la mortalité annuelle dans le camp de concentration de Rab (au moins 18%) était supérieur au taux moyen de mortalité dans le camp de concentration Nazi de Buchenwald (qui était de 15 %).

Monseigneur Joze Srebnic, évêque de Veglia (île de Krk), rapporté au Pape Pie XII que « des témoins, qui ont pris part aux sépultures, affirment sans équivoque que le nombre des morts s'élève au moins 3 500[14] ».

En , il est remplacé par Mario Robotti en tant que commandant en Yougoslavie.

Fuite de Rome

En tant que chef d'état-major de l'armée, Mario Roatta a été chargé de la défense de Rome contre les Allemands après l'armistice de Cassibile en et a échappé à une tentative allemande pour le capturer à son quartier général de Monterotondo en s'envolant pour Brindisi[15].

Guerre froide et rôle britannique dans la non-extradition

La Yougoslavie a demandé en vain l'extradition de Mario Roatta qui comme tous les autres criminels de guerre italiens n'ont jamais été poursuivis. Le Royaume-Uni a été accusé d'indulgence, ceci dans le but de se servir des anciens membres du gouvernement fasciste pour faire obstacle au communisme d'après guerre en Italie[3].

L'historienne Alessandra Kersevan et le journaliste Rory Carroll ont reproché aux médias et au peuple italien de vouloir effacer de leur mémoire collective les atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale et les accusent d' « amnésie historique » [16], citant le pardon à Mario Roatta et l'emprisonnement des deux cinéastes italiens, qui ont décrit l'invasion italienne de la Grèce, comme des exemples de révisionnisme historique[2].

Procès pour l'abandon de la défense de Rome

Maigre, le regard pénétrant derrière les petites lunettes rondes, Roatta avait 47 ans. Extrêmement ambitieux il dira de lui  Je n'ai jamais été un général fasciste ni antifasciste, mais seulement un général de l'Armée italienne. La couleur et la forme de gouvernement ne m'intéressaient pas »

 Giuseppe De Lutiis, Storia dei servizi segreti in Italia, p. 12-13, Rome 1991.

« Magro, sguardo penetrante dietro i piccoli occhiali tondi, Roatta nel 1934 aveva 47 anni. Sfrenatamente ambizioso, dirà poi di sé: «  non sono mai stato un generale fascista né antifascista, ma soltanto un generale dell'esercito italiano. Il colore o la forma del governo non mi interessavano » »

 Storia dei servizi segreti in Italia, p. 12-13, Rome 1991.

Au début de 1945, Mario Roatta a été jugé pour sa collusion avec le fascisme, d'avoir abandonné la défense de Rome et pour son implication dans les meurtres de deux frères Carlo et Nello Rosselli[17] et condamné à la réclusion à perpétuité[18]. Néanmoins il a réussi à s'échapper de Rome avant d'être arrêté et a trouvé refuge en Espagne franquiste. La peine d'emprisonnement à vie est annulée en 1948 mais le général Roatta ne retourne en Italie qu'en 1966. Pendant son séjour en Espagne, la République fédérative socialiste de Yougoslavie a demandé qu'il soit extradé, mais Francisco Franco a toujours refusé.

Contrairement aux Japonais et aux Allemands, et comme les habitants des pays sous leur domination, les Italiens, n'ont pas été soumis à des poursuites par les tribunaux alliés.

Source de la traduction

Notes et références

  1. (en) David Glantz et Helmut Heiber, Hitler and His Generals: Military Conferences 1942-1945, New York, Enigma Books, (ISBN 1-929631-09-X), p. 838
  2. (en) « written by Rory Carroll, Education, The Guardian », sur (Archived by WebCite®),
  3. Effie Pedaliu (2004) Britain and the 'Hand-over' of Italian War Criminals to Yugoslavia, 1945-48. Journal of Contemporary History. Vol. 39, No. 4, Special Issue: Collective Memory, p. 503-529 (JStor.org preview)
  4. Frédéric Le Moal, Le Front yougoslave pendant la Seconde Guerre mondiale : de la guerre de l'Axe à la guerre froide, Éditions Soteca, , 272 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-2-916385-53-2), p. 113-117.
  5. James H. Burgwyn: "General Roatta's war against the partisans in Yugoslavia: 1942", Journal of Modern Italian Studies, Volume 9, Number 3, September 2004, p. 314-329(16), link by IngentaConnect
  6. « Giuseppe Piemontese (1946): Twenty-nine months of Italian occupation of the Province of Ljubljana »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le ). On page 3. Book also quoted in: Ballinger, P. (2002), p. 138
  7. (en) Stevan K. Pavlowitch, Hitler's new disorder : the Second World War in Yugoslavia, New York, Columbia University Press, , 332 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-1850658955), p. 119-120.
  8. Jozo Tomasevich, War and Revolution in Yugoslavia, 1941-1945: Occupation and Collaboration, Stanford University Press, 2002, pages 357-258
  9. Ballinger, P. (2002). History in exile: memory and identity at the borders of the Balkans. Princeton University Press. (ISBN 0-691-08697-4)
  10. « Giuseppe Piemontese (1946): Twenty-nine months of Italian occupation of the Province of Ljubljana »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le )
  11. Steinberg, Jonathan (2002) All Or Nothing: The Axis and the Holocaust, 1941-1943, Routledge, (ISBN 0-415-29069-4), p. 34
  12. James Walston, a historian at The American University of Rome. Quoted in Rory, Carroll. Italy's bloody secret. The Guardian. (Archived by WebCite®), The Guardian, London, UK, June 25, 2003
  13. James Walston (1997) History and Memory of the Italian Concentration Camps, Historical Journal, 40.
  14. Cresciani, Gianfranco (2004) « Clash of civilisations »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?) (consulté le ), Italian Historical Society Journal, Vol.12, No.2, p. 7
  15. (en) « General der Fallschirmptruppe Hermann-Bernhard R », sur Powcamp.fsnet.co.uk
  16. (it) Alessandra Kersevan, Foibe - Revisionismo di stato e amnesie della repubblica, Udine, Kappavu,
  17. « Foreign News: Trial of Errors », Time, (lire en ligne, consulté le )
  18. « ITALY: A Duke Departs », Time, (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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