Khâemouaset (fils de Ramsès II)

Le prince Khâemouaset (Ḫˁ-m-wȝs.t) est le quatrième fils de Ramsès II et le deuxième de la seconde grande épouse royale Isis-Néféret. Il est inhumé au sérapéum de Saqqarah. Célèbre pour sa passion des monuments et des écrits anciens, Khâemouaset inspire le personnage de Setné-Khâemouaset qui apparaît dans la littérature démotique dans les récits du cycle de Setné.

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Khâemouaset

Statue de Khâemouaset
Nom en hiéroglyphe


Transcription Ḫˁ-m-wȝs.t
Naissance vers -1284
Décès vers -1224
Famille
Père Ramsès II
Mère Isis-Néféret
Enfant(s) Ramsès
Hori Ier
Isis-Néféret III
Fratrie Bentanat
Sethnakht
Ramessou
Iset-Nofret II
Mérenptah
Takhat Ire
plus de nombreux demi-frères et sœurs, Ramsès II ayant eu quelque cinquante fils et quarante filles

Généalogie

Il naît sûrement à Memphis, aux alentours de -1284 et meurt vers -1224[1], à l'âge d'environ soixante ans, et en l'an 55 du règne de son père.

Il devient prince héritier à la mort de son frère aîné, Ramessou (vers l'an 50 ou 52).

Khâemouaset laisse au moins trois enfants qu'il a eu d'une épouse restée pour le moment anonyme :

  • Ramsès, l'aîné, qui le secondera dans ses fonctions de grand pontife de Ptah[2] ;
  • Hori Ier qui suit la carrière religieuse de son père et deviendra à son tour grand prêtre de Ptah à la fin du règne de son grand-père Ramsès II ;
  • Isis-Néféret III, qui a peut-être épousé Mérenptah son oncle, le 13e fils de Ramsès II et qui succède à ce dernier.

Carrière

Khâemouaset comme tous les enfants royaux de Ramsès reçoit une éducation militaire[3].

Sur un relief du temple de Beit el-Ouali, on le voit assister son père lors d'une campagne de pacification de la Basse-Nubie. Cette campagne est datée de la dernière partie du règne de son grand-père Séthi Ier, au temps où Ramsès héritier du trône était corégent[4]. Le prince Khâemouaset devait alors avoir quatre ans.

Plus tard au début du règne autonome de son père il l'accompagne également lors de ses campagnes asiatiques dont notamment la célèbre bataille de Qadesh en l'an 5. Puis en l'an 8, il participe activement à la prise de Dapour, cité syrienne, devant laquelle l'armée de pharaon, conduite par ses fils, met le siège et prend d'assaut ses murailles. Khâemouaset devait être âgé à ce moment d'un peu plus de quinze années.

En parallèle de cette carrière militaire précoce, il reçoit aussi une éducation princière, probablement dans l'école du Kep, institution traditionnellement réservée à l'éducation des enfants royaux.

Khâemouaset, maîtrisant parfaitement l'écriture, appréciant les textes et ayant acquis de grandes connaissances en théologie, se fait une réputation d'érudit.

Vers l'âge de vingt ans, il est nommé prêtre sem de Ptah, chargé du culte des taureaux sacrés. Il décide très vite de modifier et codifier le principe de la mise au tombeau des Apis. Il fait creuser la petite galerie du Sérapéum à Saqqarah donnant accès à plusieurs salles, afin que chaque taureau eût son propre caveau, et crée un temple destiné à la célébration des rites funéraires de tous les Apis décédés.

Il s'intéresse également aux édifices érigés par ses ancêtres. Il entreprend des recherches sur les sites de Gizeh, Saqqarah et Abousir, s'occupant ainsi des pyramides de Djéser, Chepseskaf, Ounas, Sahourê et du temple solaire de Niouserrê.

Il est attristé par l'état déplorable de certains monuments envahis par les sables et s'emploie à les sauvegarder et à les restaurer, faisant graver sur chaque monument le nom de son propriétaire, celui du pharaon Ramsès II, ainsi qu'un texte ordonnant leur sauvegarde[5].

Hormis ses activités de grand prêtre et en quelque sorte d'archéologue, Khâemouaset assume de hautes fonctions administratives à Memphis alors que son père était à Pi-Ramsès. Il est également chargé des Fête-Sed du pharaon ; pour les cinq premiers jubilés, Khâemouaset parcourt l'Égypte, annonçant au peuple l'évènement. En l'an 30, Khâemouaset est promu directeur. En l'an 45 du règne de Ramsès II, il est promu grand prêtre de Ptah de Memphis et succède ainsi à Didia dans cette haute fonction religieuse. C'est à ce titre qu'il organise les jubilés de son père et préside au culte du dieu des artisans.

Vers l'an 50, il est choisi pour être le prince héritier de la couronne, mais il n'accède finalement jamais au trône, car il décède vers l'âge de soixante ans, soit en l'an 55 du règne de son père. Il s'était fait aménager un caveau dans le Sérapéum de Saqqarah ainsi qu'une chapelle richement décorée. Son corps est enseveli dans un sarcophage en bois, le visage protégé par un masque en feuille d'or martelé[6]. Le tombeau a été découvert, tout à fait par hasard, par Mariette en 1852.

L'énigme d'une sépulture princière

Tête d'une statue de Khâemouaset

C'est en effet au cours de la fouille du Sérapéum de Saqqarah nouvellement découvert par Mariette que furent mises au jour les premières galeries souterraines qui distribuaient les tombeaux des taureaux sacrés. La découverte fit sensation et attira bientôt les pilleurs d'antiquités à la solde des collectionneurs qui œuvraient pour le compte des grands musées d'Europe.

Deux ensembles ont été alors dégagés et si la « Grande Galerie » se révéla déjà pillée c'est dans la « Petite Galerie » que le jeune égyptologue, en butte à un obstacle, utilisera des explosifs pour dégager le passage ce qui lui vaudra de nombreuses critiques dans le milieu scientifique. Ce faisant, il mettait au jour trois tombes d'Apis intactes, datant de la XIXe dynastie, chacune avec le mobilier funéraire qui avait été prévu pour accompagner le dieu momifié et inhumé dans de massifs sarcophages. Dans sa précipitation et cette course contre d'autres prétendants aux richesses que pouvaient contenir ces tombes, Mariette n'hésita donc pas à employer les grands moyens au prix d'une fouille plus délicate et minutieuse qui aurait pris alors plus de temps qu'il n'en disposait réellement pour mettre à l'abri les précieuses reliques.

La découverte était en effet inédite et l'on put constater que les grands prêtres de Ptah y étaient particulièrement bien représentés par les nombreuses offrandes qu'ils y laissèrent et les dons précieux de bijoux prophylactiques à leurs noms qui devaient accompagner leur dieu dans le voyage dans l'au-delà.

De fait Khâemouaset participa aux enterrements d'au moins deux des Apis découverts et un grand nombre d'objets à son nom y ont été découverts dont toute une série d'ouchebtis.

Attenante au tombeau de l'Apis enterré en l'an 55 de Ramsès II, une chambre abritait un sarcophage de bois contenant une momie d'un homme déjà âgé, recouverte de bijoux princiers et le visage protégé par un masque d'or aux traits réalistes semblant ainsi nous livrer le masque mortuaire du défunt.

La chambre contenait également des stèles et reliefs aux noms de Khâemouaset, le fils de Ramsès II, et Mariette lui attribua la sépulture, conforté en-cela par les amulettes aux titres et nom du prince découvertes dans les vestiges du tombeau bouleversé par l'explosion.

Le fait sera contesté par la suite par les égyptologues qui suivirent Mariette, qui critiquèrent la méthode de fouille, l'absence de relevé précis de la découverte et doutèrent de surcroît qu'un prince de cette envergure, le fils préféré du roi désigné pour lui succéder, n'eut reçu finalement qu'une sépulture secondaire dépourvue de mobilier funéraire plus riche et plus significatif.

Masque en or de la momie attribuée à Khaemouaset - Musée du Louvre

Puis une découverte en 1883 vint remettre en question l'identification faite par Mariette. Au cours de ses fouilles du Kafr el-Batran au pied de la nécropole de Gizeh, Gaston Maspero mit au jour des tombes du Nouvel Empire dont celle d'un Khâemouaset qu'on attribua aussi rapidement au célèbre prince archéologue. C'est pourquoi dès lors, les ouvrages traitant du sujet n'évoquent pas de manière certaine la tombe de Saqqarah comme étant celle du grand prêtre et font le plus souvent référence à cette découverte faite à proximité de la grande pyramide.

Cependant, la relative modestie du tombeau de Gizeh, bien qu'une partie de ses reliefs soient de haute qualité, et sa datation indiquant plutôt une sépulture de la XVIIIe dynastie n'invitent pas non plus à cette conclusion. De plus les titres de ce Khâemouaset ont longtemps été mal interprétés et il faut y reconnaître aujourd'hui un simple chef des charpentiers du roi, qui reçut le privilège de se faire aménager un véritable caveau familial au pied du plateau des pyramides livrant de précieuses informations généalogiques qui écartent ainsi définitivement l'hypothèse qu'il s'agit du tombeau du prince.

Il est aujourd'hui établi que la découverte du sérapéum de Saqqarah est bien celle de la tombe du fils de Ramsès II. Le masque en or, les amulettes et pectoraux de facture royale, les ouchebtis, les stèles et reliefs représentant le prince-grand prêtre, tout concorde pour faire de cette tombe celle de Khâemouaset. En tant que prince héritier et grand pontife de Memphis, il reçut le privilège d'être enterré au plus près du dieu qu'il avait servi pendant près de quarante ans et pour lequel il avait innové en créant les premières catacombes qui lui étaient consacrées.

Apparitions dans la fiction

Dans la littérature égyptienne antique

Dès l'Antiquité, Khâemouaset sert de base à l'élaboration du personnage de Setné (ou Satni) qui apparaît dans deux récits conservés sur un papyrus en démotique datant du IIIe siècle avant notre ère et connu sous le nom de « cycle de Setné » (ou anciennement « roman de Satni »). Il y devient un magicien qui parcourt les nécropoles en quête de secrets magiques pour son profit personnel, mais se trouve vite dépassé par les forces auxquelles il a affaire, formant « un véritable prototype de l'apprenti-sorcier »[7].

Littérature moderne

  • L'écrivain français J.-H. Rosny aîné s'inspire librement des aventures de Setné Khâemouaset dans sa nouvelle Les Aventures de Setnê parue en 1902.
  • Khâemouaset est un personnage de la série Les Chroniques de Kane de Rick Riordan, où il est présenté comme un fantôme souvent appelé Setné. Il disparaît à la fin de la série en volant le livre de Thot, mais revient par la suite dans le livre The Crown of Ptolemy, du même auteur, et est finalement vaincu par les héros après avoir tenté de devenir un dieu.
  • Khâemouaset est le personnage principal du livre Tombeau de Saqqarah de Pauline Gedge, paru en 1990.

Bandes dessinées

Khâemouaset est l'un des principaux héros de la série de bandes dessinées française Sur les terres d'Horus d'Isabelle Dethan, parue entre 2001 et 2010.

Jeux vidéo

Khâemouaset apparaît sous le nom de Setna dans le jeu de stratégie en temps réel américain Age of Mythology, développé par Ensemble Studios et publié par Microsoft Game Studios en 2002. Il est présenté comme un prêtre d'Osiris (il était en réalité prêtre de Ptah).

Il est également présent dans le jeu vidéo Assassin's Creed Origins sous le nom de Setna, dans le DLC La Malédiction des Pharaons.

Notes et références

  1. Si l'on retient la chronologie du British Museum, A. D. Dodson, H. W. Helck, N. Grimal, K. A. Kitchen, Kinnaer, R. Krauss, J. Málek, I. Shaw, J. von Beckerath.
  2. cf. Ch. Desroches Noblecourt, p. 353.
  3. Né avant le couronnement de son père, comme lui il est issu d'une famille de militaire dont l'aïeul le vizir Paramsès est le fondateur de la XIXe dynastie
  4. Cf. C. Desroches Noblecourt, p. 95 et figure du haut p. 89.
  5. Texte commémoratif sur les édifices restaurés :
    « Sa Majesté décréta une proclamation : « C'est le grand prêtre sem, le prince Khâ-em-ouas, qui a perpétué le nom du roi (...). Le prêtre sem, le prince Khâ-em-ouas, agit noblement, désirant restaurer les monuments des rois de la Haute et de la Basse-Égypte qui tombaient en ruine. » Lui décréta des offrandes sacrées (...) [provenant] d'une tenure ainsi que du personnel. »
  6. Son masque en or ainsi qu'une partie de son mobilier funéraire (ouchebtis notamment) sont exposés au Musée du Louvre.
  7. Héros, magiciens et sages oubliés de l'Égypte ancienne. Une anthologie de la littérature en égyptien démotque, textes traduits et présentés par Damien Agut-Mabordère et Michel Chauveau, Paris, Les Belles Lettres, coll. "La Roue à livres", 2011, introduction au cycle de Setné, p. 18.

Bibliographie

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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