Joanna Stephens

Joanna Stephens née au Berkshire et morte le à Hammersmith, est une herboriste britannique, connue pour avoir conçu un remède contre les calculs et la gravelle rénaux et de la vessie (dont l’efficacité est aujourd’hui remise en question), ce qui lui vaut l'attribution d'une conséquente somme d'argent prodiguée par le Parlement anglais en échange de sa publication.

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Biographie

Jeunesse

Joanna Stephens (possiblement née en 1710[1]) est petite fille d'un médecin auteur de plusieurs publications de remèdes[2] et grandit dans une famille aisée du Berkshire[3]. Encore jeune, elle s'occupe en concoctant des remèdes qu'elle distribue gratuitement à des personnes précaires. Après la mort dans la souffrance d'une amie proche des suites de calculs rénaux, elle se consacre particulièrement aux remèdes contre les pierres. Ayant découvert par chance une recette de remède pour la dissolution de la pierre dans la vessie et dans les reins, elle commence à le préparer et le distribuer, tout en transformant régulièrement sa composition par une démarche empirique à partir de 1720, et ce pendant 15 ans[4],[5].

Reconnaissance du « remède de Mlle Stephens »

Au début du XVIIIe siècle, les calculs rénaux et de la vessie étaient habituellement soignés à l'aide d'une taille, c'est-à-dire que l'on ouvrait le ventre au niveau du calcul afin de le retirer. Une telle opération, la lithotomie, était extrêmement dangereuse. De nombreux remèdes par voie orale visant à la dissolution ou la désagrégation des calculs étaient proposés par des profanes, mais aucun ne démontrait de résultats suffisant[6].

Cependant, après ses nombreuses transformations, la recette finale de Joanna Stephens, qui a alors quitté le Berkshire pour Westminster City dans le grand Londres[7] acquiert une certaine renommée. Des témoignages de patients guéris par son remède sont publiés dans de prestigieuses revues telles que le Gentleman's Magazine[6],[8] et attire l'attention de deux médecins ayant eux-mêmes été guéris à la suite d'une cure de son remède dont le docteur David Hartley, son plus fervent soutien.

Le remède rencontre une approbation telle qu'elle lui permet de le vendre à petite échelle, ce qui constitue son moyen de subsistance. Celui-ci ne peut cependant être distribué qu'à un nombre restreint de personnes car elle le fabrique elle-même, refusant d'employer une tierce personne de peur que son secret ne soit révélé[2].

Les deux médecins proposent donc en 1738 que soit donnée une récompense[5] de 5 000 £ (somme très conséquente pour l'époque) à Mlle Stephen afin que celle-ci rende publique la recette et que le remède puisse profiter au plus grand nombre[9]. Une collecte privée organisée par le Gentleman Magazine récolte 1 356,3 £, mais Stephens refuse de baisser le prix initial[9].

Récompense du Parlement et publication

Il est alors proposé en 1739 à Joanna Stephens de déposer la même demande de récompense à la Chambre des communes, mais cette fois par pétition. Le Parlement accepte à la condition que la composition du remède soit connue avant que la récompense soit octroyée, afin d'établir la validité du remède avant qu'une telle somme ne soit dépensée[6]. Joanna Stephens dévoile alors la recette personnellement à l'Archbishop de Canterbury[3]. Un comité de médecins, scientifiques et politiciens est mandaté afin de tester le remède sur quatre patients. Face aux bon résultats, la somme de 5 000 £ est donc offerte à Stephens, qui publie la recette de son remède le dans The London Gazette[3], intitulée « A most excellent cure for stone and gravel » (par la suite publiée en version brochée[10])

Le remède était entre autres composé de coquilles d’œuf calcinées, de limaçons calcinés et de savon d'Alicante (cf. recette complète plus bas).

Renommée européenne

La renommée de Joanna Stephens et de son remède s'étend jusqu'en Allemagne et en France où, nommé le « remède anglais », il est aussi examiné par l’Académie royale des sciences[9]. Il est très utilisé en France de 1740 jusqu'à la Révolution de 1789[11].

En France, le docteur Morand, s’étant impliqué dans les tests, établit que si le remède fonctionnait particulièrement bien sur les personnes âgées de 65 à 79 ans il semble en revanche inefficace sur les enfants et ne fonctionne pas sur toutes les sortes de pierres[12].

Décès

Joanna Stephen disparaît de la vie publique[13] dès la remise de son prix en 1740 et s'établit dans une villa à Brook-green, Hammersmith. Elle y meurt à un âge avancé, le , des suites d'une frayeur causée par l'intrusion dans sa maison de deux frères qui lui volent 4 demi-couronnes. Les deux hommes impliqués furent jugés puis acquittés[14],[15].

Postérité

Joanna Stephens est aujourd'hui accusée de charlatanisme, voire d'avoir commis la plus grande arnaque au Parlement de l'histoire d'Angleterre[16]. Cependant, certaines sources maintiennent que son remède, bien que ne répondant pas aux critères scientifiques actuels, devait néanmoins démontrer une certaine efficacité sur certaines catégories de calcul[6]. En effet, deux éléments de sa recette, la coquille d’œuf et le savon, se trouvent contenir une grande quantité de lime, qui s'est avérée efficace pour la dissolution de certain cailloux[17]. D’autre part, son intervention au sein de la médecine ouvrit la voie au traitement des calculs rénaux et de la vessie par dissolution[13].

Recette

Jean Hossard simplifie la compréhension de la recette du remède telle qu'elle a été consignée par Baumé dans ses Éléments de pharmacie théorique et pratique, 5e édition, Paris, 1784, p. 857 : "le remède se compose d'une poudre, d'une tisane, de boules savonneuses et de pilules savonneuses". Les ingrédients se composent principalement de limaçons entiers calcinés (de préférence préparés aux mois de mai, juin et juillet), de coquilles d'oeuf calcinées et de savon d'Alicante, mais aussi de miel, d'herbes aromatiques et médicinales, de racines et de fruits. [12]

Références

  1. (en) Edward L. Keyes, « The Joanna Stephens Medicines for the Stone », Bulletin of the New York Academy of Medicine, vol. 18, no 12, , p. 835 (ISSN 0028-7091, PMCID 1933931, lire en ligne, consulté le )
  2. Formules médicinales de l'Hostel-Dieu de Paris : ou pharmacopée, p. 162
  3. (en) Stephen Hales, An eighteenth century biography, Cambridge, University Press, , p.124
  4. (en) The Family receipt-book, Or, Universal Repository of Useful Knowledge (lire en ligne), p. 571-572
  5. Albrecht von Haller, Collection de thèses médico-chirurgicales sur les points les plus importants, p. 145
  6. (en) Jonathan Charles Goddard, « Joanna Stephens's cure for the bladder stone », history of urology, 01. 06.2015 (lire en ligne)
  7. (en) Danby Pickering, The Statues at large - from the ninth of the 15th Year of King George II, Cambridge,
  8. (en) L. Whaley, Women and the Practice of Medical Care in Early Modern Europe, 1400-1800, Springer, (ISBN 978-0-230-29517-9, lire en ligne)
  9. (en) Cathy Hartley, A Historical Dictionary of British Women, Psychology Press, (ISBN 978-1-85743-228-2, lire en ligne)
  10. « Digital Collections - National Library of Medicine », sur collections.nlm.nih.gov (consulté le )
  11. Maurice Bouvet, « Les remèdes secrets anglais importés en France avant 1803 », Revue d'Histoire de la Pharmacie, vol. 43, no 147, , p. 240–245 (DOI 10.3406/pharm.1955.10294, lire en ligne, consulté le )
  12. Jean Hossard, « Le Cat, lithotomiste, et les remèdes de Mlle Stephens », Revue d'Histoire de la Pharmacie, vol. 58, no 206, , p. 155–162 (DOI 10.3406/pharm.1970.8275, lire en ligne, consulté le )
  13. (en) Michael E. Moran, « Charlatans, Quacks, and Joanna Stephens », dans Urolithiasis, Springer New York, (ISBN 978-1-4614-8195-9, DOI 10.1007/978-1-4614-8196-6_10, lire en ligne), p. 67–83
  14. « Old Bailey Proceedings », sur www.oldbaileyonline.org, 19th october 1774 (consulté le )
  15. (en) The Annual Register, Or a View of the History, Politicks and Literature of the Year ..., Dodsley, (lire en ligne)
  16. (en) M. A. Katritzky, Women, Medicine and Theatre 1500–1750: Literary Mountebanks and Performing Quacks, Routledge, (ISBN 978-1-351-87154-9, lire en ligne)
  17. (en) Marilyn Bailey Ogilvie, Joy Dorothy Harvey, The Biographical Dictionary of Women in Science : L-Z, , p. 1227
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