Jacques Benveniste

Jacques Benveniste ( - ) est un médecin et immunologiste français, connu du grand public pour avoir publié en 1979 un article fondateur sur le Facteur d'Activation des Plaquettes et sa relation avec l'histamine. Il a dirigé l'unité 200 de l'INSERM, orientée vers l'immunologie, l'allergie et l'inflammation. En 1988, il publie des travaux de recherche sur une hypothétique mémoire de l'eau qui ont débouché sur une importante controverse scientifique.

Pour les articles homonymes, voir Benveniste.

Biographie

Il obtient le baccalauréat en 1951, et de 1953 à 1960 il étudie la médecine à la faculté de Paris.

À partir de 1965, il travaille à l'Institut de recherche sur le cancer du CNRS, puis, en parallèle, devient chef de clinique à la faculté de médecine de 1967 à 1969. Il exerce alors à la Scripps Clinic & Research Foundation en Californie.

Il atteint la notoriété en 1971 par la découverte d'un facteur activateur des plaquettes sanguines, le PAF-Acether.

En 1973, il entre à l'INSERM où il poursuit sa carrière. Il y dirige plusieurs unités de recherche et sera le conseiller de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Recherche, de 1981 à 1983.

Jacques Benveniste meurt à l'âge de 69 ans lors d'une opération du cœur, le .

Pour Éric Favereau de Libération : « Jacques Benveniste restera l’homme d’une polémique dans laquelle il aura tout gagné et tout perdu. Jacques Benveniste n’avait pas toujours été un chercheur à part. Jusqu’à sa découverte contestée, il avait été l’un des scientifiques français les plus publiés en immunologie, sa spécialité de départ, et les plus appréciés. En 1971, sa découverte du facteur activateur des plaquettes sanguines l’avait même placé dans tous les manuels de médecine ainsi que sur la liste des nobélisables. »

La « mémoire de l'eau »

Pour le grand public, le nom du chercheur reste attaché à ses expériences réalisées dès 1984, alors qu'il était sous contrat avec les laboratoires d'homéopathie Boiron sur ce qui a été appelé la « mémoire de l'eau ». Le chercheur et son équipe affirment en 1988 être parvenus à activer la dégranulation de granulocytes basophiles avec des hautes dilutions d'anticorps IgE. La réponse biologique observée est interprétée par Benveniste et son équipe comme la démonstration que l'eau avait conservé les propriétés d'une substance qui ne s'y trouvait plus. Ce résultat pouvait être vu, entre autres, comme validant le principe de l'action de la dilution en homéopathie.

Cette publication déclenche de fortes réactions dans la communauté scientifique internationale. Malgré la qualité de ses découvertes antérieures, Jacques Benveniste finit par être discrédité comme chercheur auprès d'une partie de la communauté scientifique. Il doit quitter l'INSERM en 1995 à l'âge de 60 ans, mais n'abandonne pas son métier de chercheur, poursuivant ses recherches dans le cadre de la société Digibio qu'il a créée en 1997.

Critiques et contestation

En 1991 et 1998, le prix parodique Ig Nobel de chimie est attribué à Jacques Benveniste pour son affirmation que l'eau a une mémoire et que ses propriétés pouvaient être transmises par des vecteurs ondulatoires appropriés et notamment via le téléphone et Internet[1].

Après son décès

Ses enfants publient, en 2005, son livre posthume Ma vérité sur la "mémoire de l'eau", aux éditions Albin Michel, que préface le prix Nobel de physique britannique Brian David Josephson. Ce livre éclaire sa vision de ses travaux, notamment leurs aspects méconnus (la « biologie numérique »), et dénonce ce qui serait un travers du milieu de la recherche. Les assistants du laboratoire créé par Jacques Benveniste poursuivent ses travaux après sa mort, surtout avec le professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, lui-même condamné par 44 autres prix Nobel de médecine et de chimie pour avoir créé ou propagé des théories fausses et/ou dangereuses[2].

Le , lors d'une conférence à Lugano en Suisse, Luc Montagnier déclare publiquement avoir constaté, lors de ses travaux sur le VIH, des phénomènes décrits par Jacques Benveniste[3].

En , il écrit dans son livre Les Combats de la vie publié aux éditions Lattès :

« La biologie moléculaire […] a atteint des limites et elle n'explique pas tout. Certains phénomènes, comme l'homéopathie, restent mystérieux. Je fais allusion à certaines idées de Jacques Benveniste (le scientifique qui a inventé la « mémoire de l'eau ») car j'ai récemment rencontré des phénomènes que seules ses théories semblent pouvoir expliquer. Je parle d'observations, pas de croyances. Certaines choses nous échappent encore, mais je suis convaincu qu'on saura les expliquer de la manière la plus rigoureuse. Encore faut-il pouvoir mener des recherches à ce sujet ! Si l'on commence par nier l'existence de ces phénomènes, il ne se passera rien. »

Montagnier reprend les expériences de « transduction » de Benveniste, qu'il explique dans une émission de télévision, On a retrouvé la mémoire de l'eau, diffusée par France 5 en [4]. Ce documentaire est l'objet, dans la revue de vulgarisation Sciences et Avenir, de critiques l'accusant d'absence de rigueur scientifique et d'aspect partisan[5].

Publications

  • (en) Human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE, E. Davenas, F. Beauvais, J. Amara, M. Oberbaum, B. Robinzon, A. Miadonnai, A. Tedeschi, B. Pomeranz, P. Fortner, P. Belon, J. Sainte-Laudy, B. Poitevin, J. Benveniste, Nature 333, 816-818, .
  • Techniques de diagnostic en allergologie, avec Corinne Théobald-Segalen, Masson, 1985.
  • Ma vérité sur la « mémoire de l’eau », Albin Michel, 2005.

Notes et références

  1. Deux prix pour rire, Brigitte Axelrad, Sciences & Pseudo-Sciences, juillet 2014.
  2. Éric Favereau, « Les propos sur les vaccins de Luc Montagnier lui valent un tollé », Libération, (lire en ligne, consulté le )
  3. Deux vidéos du professeur Montagnier sur la question
  4. Amandine Deroubaix, « On a retrouvé la mémoire de l'eau », France 5 « L'Empire des sciences », (lire en ligne)
    Documentaire – durée 52 min ; auteur : Christian Manil , réalisation : Christian Manil et Laurent Lichtenstein ; production : Doc en Stock ; avec la participation de France Télévisions ; année 2013.
  5. Hervé Ratel, « On a retrouvé la mémoire de l’eau, vraiment ? », Sciences et Avenir, (lire en ligne)

Voir aussi

Bibliographie

  • Michel Schiff, Un cas de censure dans la Science : l’affaire de la mémoire de l’eau, Albin Michel, 1994.
  • Pierre Lance, Savants maudits, Chercheurs exclus, tome 2, Guy Trédaniel, 2005.
  • Francis Beauvais, L’Âme des Molécules : Une histoire de la « mémoire de l’eau », Sèvres, Lulu Press), coll. « Mille Mondes », , 630 p. (ISBN 978-1-4116-6875-1, lire en ligne)
  • Science et pseudo-sciences, Association Française pour l'information Scientifique, no 206, novembre- ; no 194, novembre- ; no 183, janvier- ; no 180, juillet-.

Articles connexes

Liens externes

  • Portail de la biologie
  • Portail du scepticisme rationnel
Cet article est issu de Wikipedia. Le texte est sous licence Creative Commons - Attribution - Partage dans les Mêmes. Des conditions supplémentaires peuvent s'appliquer aux fichiers multimédias.