Geoffroy Tory

Geoffroy Tory[1], né à Bourges vers 1480 et mort à Paris en 1533, est un imprimeur-libraire, également éditeur humaniste, traducteur, dessinateur, peintre, enlumineur, graveur, fondeur de caractères et relieur français. Il est l'un des introducteurs des caractères romains en France et l'un des premiers réformateurs de l'orthographe française.

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Biographie

Miniature d'un livre d'heures (1533).
Geoffroy Tory, Champ fleury, page de titre
Champ fleury folio 46v.
Lettre batarde (1529).
Le pot cassé, enseigne de l'imprimerie de Tory.
Une autre page.

Geoffroy Tory naît, de parents « humbles et modestes », vers 1480 à Bourges, dans la rue aux Vaches. Après une première formation à l’université de Bourges, complétée au cours d'un voyage en Italie à l’université de Bologne[2], Geoffroy Tory s’installe à Paris avant 1507. Là, il devient régent (c'est-à-dire professeur) du collège du Plessis, puis au collège de Bourgogne en 1512, et enfin au collège de Coqueret, où il enseigne la grammaire et la philosophie, encore que l'enseignement dans les deux derniers collèges est mis en doute[3]. En 1512, Tory devient père d'une fille, Agnès, issue de son mariage, à une date inconnue, avec Pierrette Le Hullin, peut-être elle-même berruyère[3]. Parallèlement à sa carrière de régent, il fait publier chez d’importants libraires du Quartier latin, tels Henri Estienne ou Gilles de Gourmont, la traduction de plusieurs textes antiques et modernes, comme en 1507 De Totius orbis descriptione de Pomponius Mela, composé en caractères romains ; d'autres, à destination des étudiants, dont la première édition française du traité d’architecture de Leon Battista Alberti[4]. C'est également à lui qu'est attribuée la publication du Panégyrique de Saint Louis et des Français par Christophe de Longueil (1512), texte qui fait un vif éloge de la culture et de la langue française, dans lequel Tory puise plusieurs des idées du Champ fleury[3]. Après un long séjour en Italie (vers 1518-1521), et notamment à Rome, il s’installe de nouveau à Paris comme libraire, à l’enseigne du Pot cassé[5]. Ses premiers ouvrages sont des livres d’heures illustrés tantôt « à l’antique », tantôt « à la moderne » (à la franco-flamande), qu’il fait imprimer chez des confrères, sans doute faute d’argent[5]. Pour les Heures, de 1525, imprimées par Simon de Colines, il obtient du roi François Ier le premier privilège connu pour une œuvre graphique.

Il propose pour la première fois en 1529, dans son traité sur le dessin de lettres le Champ fleury, des dessins de lettres romaines mais aussi des alphabets gothiques, bâtards, tourneurs ou encore utopiques. Il envisage également la création de signes diacritiques propres à la transcription du français, notamment les cédilles et les apostrophes ainsi que les accents graves et aigus[6]. Il met en œuvre certaines de ces propositions dans l'édition de l'Adolescence clémentine de Clément Marot, dont il publie l'édition originale en 1532[7].

Il meurt en 1533, peut-être de la peste qui sévissait alors à Paris.

Œuvres

Parallèlement à sa carrière d’imprimeur, Tory publie plusieurs de ses traductions d’œuvres antiques (Tableau de Cébès, dialogues de Lucien, traités de Xénophon ou de Plutarque). Entre 1524 et 1526, il rédige son manifeste, un traité de dessin de caractères finalement publié en 1529 sous le titre :

  • Champ fleury. Au quel est contenu l’Art et Science de la deue et vraye Proportion des Lettres Attiques, qu’on dit autrement Lettres Antiques, et vulgairement Lettres Romaines proportionnees selon le Corps & Visage humain (Paris : 1529).
C’est sans doute cet ouvrage rédigé en français qui décida François Ier à le choisir comme imprimeur officiel en 1531[8]. Dès lors, il publia des traductions officielles, ainsi que des livrets de circonstance, dans lesquels il introduisit de nouveaux caractères typographiques, notamment les lettres accentuées, l'apostrophe (empruntée au grec ancien), le « point-crochu » (la virgule) et la cédille, venue d’Espagne. Cat. Destailleur no 828, Paris Ars. : Rés 4° ScA 3921. Paris Ars. : 4° ScA 3922. Paris BNF : RES M-V-345 (lire en ligne sur Gallica). Paris BNF : RES M-V-142 (lire en ligne sur Gallica). Paris BNF : IMPR LIBR-NZ-110. Paris BNF : RES-V-515. Paris BNF : RES-V-516. Paris BNF (Mss.) : Ms. Rothschild-2.4.8. Fac-similé par S.R. Publishers, 1970. Deux planches repr. dans Jessen, 1936, pl. 80–81.
  • Une seconde édition posthume paraît en 1549 : L’Art et science de la vraye proportion des Lettres Attiques, ou Antiques, autrement dictes, Romaines, selon le corps et visaige humain, avec l’instruction et manière de faire chiffres et lettres pour bagues d’or, pour tapisseries, vitres et painsctures… le tout inventé par maistre Geoffroy Tory de Bourges, Paris, Vivant Gaultherot, 1549.
Le volume reprend les planches gravées sur bois de la première édition, à l’exclusion de quelques lettres latines dont le format était trop grand. Cat. Destailleur, no 829[9], Paris BNF : RES-V-2450. Paris BNF : RES P-V-441. Paris BNF : RES-V-2603.

Il prolonge ses recherches typographiques dans deux éditions successives de l’Adolescence clémentine, de Clément Marot (1532 et 1533).

Notes et références

  1. Aussi Geoffrey Tory, Geoffroy Thory, Godofridus Torinus, Godefroy Toury, avec les variantes de prénoms : Geofroy, Geufroy, Gotofredus, Gotofridus (d'après la Notice sur data.bnf.fr). « Dans ses ouvrages, Geofroy Tory orthographie toujours son prénom avec un seul f » (Yves Perrousseaux, Histoire de l'écriture typographique, tome 1).
  2. D'après Pierre Cordier, « Geoffroy Tory et les leçons de l’Antique », Historiographie et identités culturelles, no 4, , p. 11-32.
  3. Rémi Jimenes, Geoffroy Tory de Bourges : humanisme et arts du livre à la Renaissance, Bourges, Bibliothèques de Bourges, , 160 p., "Un érudit au service des libraires", p. 43.
  4. Olivier Deloignon, « Une variation autour de Vitruve. L’“esthétique architecturante” des milieux curiaux français sous François Ier », Cahiers des Études anciennes, , p. 283-302 (ISSN 1923-2713, lire en ligne).
  5. Exposition 2011 Geoffroy Tory : graphiste avant la lettre.
  6. (en) Freeman G. Henry, Language, Culture, and Hegemony in Modern France : 1539 to the Millennium, Birmingham (Ala.), Summa Publications, , 280 p. (ISBN 978-1-883479-59-6 et 1-883479-59-2, lire en ligne), p. 22
  7. Guillaume Berthon, « Tory et la réforme de la langue française », Geoffroy Tory de Bourges: humanisme et arts du livre à la Renaissance, , p. 125-126
  8. Olivier Deloignon, « Tory et l’invention de l’architecture du livre », dans Pascal Fouché (dir.) et alii, Dictionnaire encyclopédique du Livre, t. 3 (N à Z), Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, (ISBN 978-2-7654-0992-2), p. 856-858.
  9. .Catalogue de livres rares et précieux. de M. Hippolyte Destailleur, Paris, , n° 829.

Annexes

Bibliographie

  • Auguste Bernard, Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royal, réformateur de l’orthographie et de la typographie sous François Ier…, deuxième édition, Paris, Tross, 1865. Image de la première édition de 1857.
  • Stéphanie Deprouw, Olivier Halévy et Magali Vène, Geoffroy Tory. Imprimeur de François Ier, graphiste avant la lettre (catalogue d'exposition), Paris, RMN, , 158 p. (ISBN 978-2-7118-5810-1, notice BnF no FRBNF42447820) – Catalogue de l'exposition organisée au musée national de la Renaissance château d'Écouen, du au , en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France.
  • Rémi Jimenes (dir.), Geoffroy Tory de Bourges : Humanisme et arts du livre à la Renaissance (catalogue d'exposition), Bourges, Bibliothèques de Bourges, , 158 p. — Ouvrage collectif publié à l'occasion de l'exposition organisée à Bourges du au .

Liens externes

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