Egmond (guitares)

Egmond N.V. est une entreprise néerlandaise de production de guitares qui a été en activité jusqu'en 1978. Les instruments électriques économiques qu'elle a développés vers la fin des années 1950 ont fortement participé à la popularisation du rock 'n' roll en Europe à cette époque.

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Histoire

En 1932, Uilke Egmond (1879-1959), chef de gare en retraite et violoniste amateur, ouvre un fonds de commerce de musique et d'instruments à Eindhoven. Il y est rejoint en 1940 par ses trois fils Gerard (1904-1974), Dirk (1920-1992) et Jaap (1921-1993), qui se mettent en tête de fabriquer eux-mêmes des guitares. La cadence de fabrication est d'abord de une par semaine.

La production prend son essor au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, porte d'abord sur des instruments acoustiques économiques (leur étiquette interne a longtemps affiché la raison sociale Egmond Frères, en français, à quoi a succédé Egmond Brothers), et s'étend bientôt à des guitares jazz à ouïes, bientôt électrifiées et déclinées en différents niveaux de sophistication et de qualité. Egmond N.V. ouvre un atelier puis deux à Aalst, dans la banlieue sud d'Eindhoven.

Vers 1957-1958, profitant de l'essor précoce du rock 'n' roll en Europe du Nord, l'entreprise introduit des modèles électriques faible coût, qui vont être l'objet d'une énorme demande. Ils sont notamment adoptés par les groupes d'Indo-Rock, un genre, spécifique à la communauté indonésienne, qui fleurit alors aux Pays-Bas.

En 1960, Egmond N.V. emploie 80 personnes, débite quelque 100 000 guitares dans l'année dont 80% sont exportées, y compris aux États-Unis. La firme proclame alors produire plus de guitares que tout autre fabricant européen. Cette année-là, les ateliers sont victimes d'incendies. La production déménage vers une nouvelle usine ouverte le , cette fois au nord de l'agglomération d'Eindhoven, à Best.

Dans le courant des années 1960 la production tend à monter en gamme. Egmond remplace ses modèles électriques minimalistes par des réalisations plus élaborées, recouvertes de vinyle, comparables aux fabrications allemandes ou italiennes de cette époque. Ses guitares semi-acoustiques et acoustiques se diversifient également, jusqu'à des modèles folk fabriqués pour Martin, qui les commercialise aux États-Unis sous ses sous-marques Vega et Alpha.

La concurrence asiatique croissante porte un coup fatal à Egmond, qui doit déposer son bilan en 1978.

Périmètre d'activités

Egmond vendait aussi des basses, des banjos, des mandolines, des amplificateurs, ainsi qu'une série d'accessoires : micros magnétiques séparés (diffusés sous la marque Royal), plaques complètement équipées (avec micros, potentiomètres, sélecteurs et jack de sortie) destinées à être montées sur des guitares non électrifiées d'origine, chevalets à vibrato etc.

Ses guitares et basses, outre la griffe Egmond, ont été diffusées sous différents logos de distributeurs comme Lion, Miller, Caledonie, Manhattan. Aux États-Unis elles ont été commercialisées sous les marques notamment Orpheum, Tonemaster et Nobility. La compagnie allemande de vente par correspondance Quelle, qui diffusait principalement des Klira rebaptisées Triumphator, a également appliqué cette marque sur des Egmond pour les vendre en Allemagne. Au Royaume-Uni, les Egmond étaient connues sous l'appellation Rosetti, du nom de leur distributeur londonien.

Modèles emblématiques

Les guitares très bon marché produites dans les années 1950 ont fait la gloire rétrospective d'Egmond. Elles étaient en leur temps les plus économiques disponibles en Europe, seulement concurrencées dans le bas-de-gamme par d'autres fabricants néerlandais comme Venlonia (marque Famos), Top Tuner ou Symphonie.

Ainsi, les petites acoustiques en contreplaqué pour débutants : George Harrison a appris à jouer sur une Egmond de ce type qui lui a été offerte pour ses treize ans, et Brian May a reçu le même cadeau pour son seizième anniversaire.

Les petites imitations de guitare jazz type Lucky 7, disponibles avec un micro ou sans, étaient réputées à peine jouables et d'une qualité douteuse, mais ont été les premiers instruments de milliers d'apprentis guitaristes.

Enfin, surtout, la série des électriques Solid 7, fabriquées entre 1958 et 1963 (déclinées aussi en Bass 7). Contrairement à ce que leur caisse aplatie et leur nom suggéraient, ces guitares très rustiques étaient en fait à caisse creuse mais leurs cornes agressivement pointues répondaient à l'aspect qu'on attendait d'une guitare électrique. Paul McCartney utilisait une Rosetti Solid 7 durant le premier séjour des Beatles à Hambourg[1]. Après l'avoir provisoirement convertie en basse en y montant trois cordes de piano, début à Liverpool (le groupe se trouvait alors sans bassiste, Stuart Sutcliffe s'étant attardé en Allemagne), McCartney la remportera en configuration 6 cordes à Hambourg, où le fragile instrument mourra à la tâche peu après[2].

Autour de 1960, les Egmond Solid 7 ont littéralement inondé les marchés belge et français, et sont restées indissociables de l'explosion du rock dans ces contrées. Deux exemplaires sont visibles sur les pochettes des trois premiers EP des Chaussettes Noires, ainsi que lors de leur premier passage à la télévision (lorsqu'ils interprètent Tu parles trop en présence de Jacqueline Joubert) ; ils semblent avoir bel et bien enregistré leurs premiers succès avec ces instruments.

Liens externes

Références

  1. Tony Bacon, Beatle Guitars in Classic Guitars of the Sixties, Balafon, 1997
  2. McCartney's Guitars, part II
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