Bible vicieuse

On désigne sous le nom de Bible vicieuse[1] ou Bible perverse[2],[3] (en anglais : Wicked Bible) la réédition de la Bible du roi Jacques publiée en 1631, à Londres, par Robert Barker et Martin Lucas, imprimeurs royaux.

L'erreur typographique à l'origine de l'expression Bible vicieuse (passage surligné).

Bible vicieuse

Page de titre de la Bible vicieuse.

Pays Royaume d'Angleterre
Version originale
Langue Anglais
Éditeur Robert Barker et Martin Lucas
Lieu de parution Londres
Date de parution 1631

En anglais, elle est aussi parfois appelée The Adulterous Bible — La Bible adultère — ou The Sinners' Bible — Bible des pécheurs. Ce nom vient d'un bourdon du compositeur : il avait oublié le mot not [ne] pas ») dans le commandement (Exode, 20, 14) « Thou shalt not commit adultery » (« Tu ne commettras pas d'adultère »). L'interdiction de l'adultère devenait ainsi une incitation à le commettre. La Wicked Bible est souvent présentée comme l'exemple le plus significatif des erreurs typographiques constatées dans les différentes éditions de la Bible[4] ; d'après David Daniell (en), c'est l'erreur qui a causé le plus grand scandale dans l'histoire de la Bible du roi Jacques, et on ne peut exclure qu'elle ait été délibérée[5].

Environ un an après la publication fautive, les imprimeurs furent condamnés à 300 livres sterling d'amende — soit environ un an de revenus[6] — et privés de leur licence par la Chambre étoilée[7]. Pour John Sandys-Wunsch, la sanction imposée aux imprimeurs est révélatrice du statut de texte sacré protégé par la loi qu'avait la Bible au début du XVIIe siècle[8].

L'archevêque de Cantorbéry déclara après la découverte de cette erreur qu'« il [avait connu] une époque où le plus grand soin était apporté à l'impression, en particulier à celle des Bibles, où les bons ouvriers compositeurs et les meilleurs correcteurs étaient des hommes sérieux et instruits, et en tout, parmi les meilleurs, mais [qu']aujourd'hui le papier était de piètre qualité, les ouvriers compositeurs, des adolescents, et les correcteurs, des ignorants[9] ».

Les autorités ordonnèrent la destruction des mille copies de l'édition fautive et le rappel des exemplaires vendus. Il n'en subsiste aujourd'hui que très peu d'exemplaires, très recherchés par les collectionneurs. Au moins onze[6] sont connus, dont un à la New York Public Library, un autre à la bibliothèque de l'université de Cambridge[10] et un au Dunham Bible Museum de l'université baptiste de Houston (en)[6].

Références

  1. Jean Paul Dufour, chap. 22 « La version autorisée dite aussi Bible du roi Jacques. Quand la Parole se fait anglaise », dans Jean-Robert Armogathe (dir.), Le Grand Siècle et la Bible, Paris, Beauchesne, coll. « Bible de tous les temps » (no 6), , 834 p. (ISBN 2-7010-1156-6), p. 369 [lire en ligne].
  2. Elizabeth Eisenstein (trad. de l'anglais par Maud Sissung et Marc Duchamp), La Révolution de l'imprimé : À l'aube de l'Europe moderne [« The Printing Revolution in Early Modern Europe »], Paris, Hachette Littératures, coll. « Pluriel / Histoire », , 352 p. (ISBN 2-01-279112-3), p. 71.
  3. Régis Debray, Dieu, un itinéraire : Matériaux pour l'histoire de l'éternel en Occident, Paris, Odile Jacob, coll. « Le champ médiologique », , 396 p. (ISBN 2-7381-1034-7), p. 258 [lire en ligne].
  4. (en) Ray Russell, « The “Wicked” Bibles », Theology Today, vol. 37, no 3, , p. 360–363 (DOI 10.1177/004057368003700311).
  5. « The most scandalous, possibly deliberate [typographical error] came from the King's Printers in London, Barker and assigns of Bill, in 1631 […] », in (en) David Daniell, The Bible in English : Its History and Influence, New Haven, Yale University Press, , 899 p. (ISBN 0-300-09930-4), p. 460.
  6. (en) « English Bible », Dunham Bible Museum, Houston Baptist University (consulté le ).
  7. (en) John R. III Kohlenberger, NIV Bible Verse Finder, Grand Rapids, Zondervan, , 593 p. (ISBN 978-0-310-29205-0), viii.
  8. (en) John Sandys-Wunsch, What Have They Done to the Bible? : A History of Modern Biblical Interpretation, Liturgical Press, , p. 75.
  9. « I knew the tyme when great care was had about printing, the Bibles especially, good compositors and the best correctors were gotten being grave and learned men, the paper and the letter rare, and faire every way of the beste, but now the paper is nought, the composers boyes, and the correctors unlearned. », in (en) Louis Edward Ingelbart, Press Freedoms. A Descriptive Calendar of Concepts, Interpretations, Events, and Courts Actions, from 4000 B.C. to the Present, Greenwood Publishing, , 430 p. (ISBN 0-313-25636-5), p. 40 [lire en ligne].
  10. (en) Gordon Campbell, Bible : The Story of the King James Version 1611-2011, Oxford University Press, , fig. 19.
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