Bauge

La bauge est un matériau de construction monolithique en terre crue empilée. La terre est dans un état plastique, généralement mélangée à des fibres végétales ou animales. Les surfaces verticales des murs sont dressées par découpe après un court temps de séchage, alors que le matériau n'est pas trop dur.

Montage d'un mur en bauge (2007).
Sous l'enduit, mur de bauge d'un magasin au Costa Rica.

La construction en bauge est une technique ancienne, répandue en Europe, Afrique, Asie et Amérique[n 1]. En France, on en rencontre des vestiges en Bretagne et en Normandie.

Description

Aire d'extension

En France, la construction en bauge était répandue en milieu rural en Bretagne (notamment dans le pays de Rennes)[n 2] et en Normandie (principalement dans la région des marais du Cotentin et du Bessin[1]).

Période

Les bâtiments en bauge (emploi de la terre comme matériau de construction) ont été pour la plupart édifiés aux XVIIIe et XIXe siècles ; cette technique est apparue vers la fin du XVIe siècle, par exemple dans le Bassin de Rennes. La maison la plus ancienne connue se situe à Conteville-en-Ternois (Pas-de-Calais) et daterait du XVIe siècle)[2].

Le liant est apporté par des cailloux mêlés à la terre, ou par de la paille (souvent de seigle) ou par des poils (de vache ou de crin de cheval). À la base des murs se trouve généralement un solin de pierre qui les protègent des remontées d'humidité.

Construction en bauge

En Bretagne, la construction débute par l'édification d'un solin en pierre de hauteur variable (selon les ressources locales et la richesse des propriétaires). La largeur du solin (et donc du mur) peut varier de 50 cm jusqu'à m. Les fondations dépassent rarement 50 cm de profondeur.

La terre est généralement extraite sur le lieu de la construction (d'où les nombreuses mares autour des maisons en bauge) sous la couche de terre végétale. Cette terre doit être moyennement argileuse : suffisamment pour qu'elle possède une bonne cohésion, pas trop pour qu'elle ne fissure pas. La terre est ensuite piétinée par les hommes ou des animaux afin d'y incorporer les végétaux (paille, bruyère, ajonc, fougère, etc.) ou des poils ou crins animaux.

Une fois ce mélange réalisé, on dresse (à la fourche en général) des couches successives sur le mur qui sont tassées au fur et à mesure à coup de trique (sorte de manche en bois). Ces couches dépassent largement de la largeur finie du mur. On réalise ainsi une levée d'environ 60 cm de hauteur. On laisse ensuite deux semaines s'écouler afin que la levée se tasse puis on rectifie ensuite le mur grâce à un outil tranchant, le paroir (sorte de bêche plate), en se tenant debout sur le haut de la levée et en tranchant l'excédent de terre. Les encadrements de fenêtres et les poutres sont placés au fur et à mesure de la construction.

Bauge en tant que mortier

En maçonnerie, la bauge pouvait aussi désigner un mortier de terre. Composé de terre franche (au sens de terre argileuse) ou d'argile, de paille hachée ou de foin, ou même de l'un et de l'autre, il servait à faire l'aire (la chape) sur les planchers, ou le hourdage (remplissage) entre les poteaux des cloisons[3].

Devenir

Ce moyen de construction écologique est à nouveau employé : les matières premières sont prélevées sur le site même et les murs en terre et végétaux isolent correctement et possèdent une grande inertie thermique.

Confusion

La bauge, matériau de construction, ne doit pas être confondue avec la bauge de l'ours ni avec celle du sanglier. La bauge à ours est une zone creuse que l'on trouve dans les grottes, à même le sol, dans les zones argileuses, et de forme arrondie. Elle permet aux ours de s'y recroqueviller l'hiver afin d'hiberner dans des conditions thermiques stables. La bauge du sanglier est l'abri diurne où il dort. C'est en général un endroit sec, abrité du vent et caché dans de profonds fourrés. Il ne doit pas être confondu avec la souille, cuvette de boue où il se roule ponctuellement pour se débarrasser de ses parasites. La bauge du cochon, quant à elle, est appelée la « loge »[4],[5].

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • [Bardel & Maillard 2002] Philippe Bardel, Architecture de terre en Ille-et-Vilaine, Rennes, Écomusée du pays de Rennes/Éditions Apogée, , 159 p. (ISBN 2-84398-119-0).
  • [Chazelles & Klein 2003] Claire-Anne de Chazelles et Alain Klein (dir.), Terre modelée, découpée ou coffrée. Matériaux et modes de mise en œuvre (Actes de la table-ronde des 17 et 18 novembre 2001 - 27 articles), Montpellier, Éditions de l'Espérou (École nationale supérieure d'architecture de Montpellier), , 460 p. (ISBN 2-912261-17-1).
  • Erwan Patte et François Streiff, L'Architecture en bauge en Europe. Actes du colloque organisé à Isigny-sur-Mer, 12-14 octobre 2005, les Veys, Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, , 335 p..
  • E. Patte et E. Marie-Raffray, Entre Sèves et Taute, de terre et de pierre dans les marais du Cotentin. Inventaire général ADAGP, Cabourg, Cahier du temps, coll. « Images du patrimoine », , 64 p. (ISBN 2-911855-69-8).

Notes et références

Notes

  1. Le terme anglais correspondant à bauge est cob.
  2. Il est possible de rencontrer des bâtiments en bauge dans tout le secteur géographique correspondant à la Haute-Bretagne.

Références

  1. « Terres de bâtisseurs », sur parc-cotentin-bessin.fr (consulté le ).
  2. « La construction en bauge », sur torchis-terrecrue.fr (consulté le ).
  3. J.-M. Morisot, Tableaux détaillés des prix de tous les ouvrages du bâtiment. Vocabulaire des arts et métiers en ce qui concerne les constructions (maçonnerie), Carilian, (lire en ligne).
  4. Collectif, Le Grand Gibier, Éditions du Gerfaut, .
  5. Pascal Durantel, Chasse : l'encyclopédie, Paris, Artémis, , 607 p. (ISBN 2-84416-220-7).
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