Anne de France

Anne de France, dite Anne de Beaujeu, née en à Genappe (Pays-Bas bourguignons) et morte le à Chantelle (actuellement dans l'Allier), est une princesse et régente du royaume de France.

Anne de France

Anne de France, triptyque de Jean Hey, détail.
Titre
Régente du royaume de France
Monarque Charles VIII
Régente du royaume de France
Monarque Charles VIII
Comtesse de Gien, vicomtesse de Thouars et de Chatellerault
Prédécesseur Domaine royal
Successeur Charles III de Bourbon
Biographie
Dynastie Maison de Valois
Date de naissance
Lieu de naissance Genappe (Pays-Bas bourguignons)
Date de décès 61 ans)
Lieu de décès Chantelle (France)
Sépulture Prieuré Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Souvigny
Père Louis XI
Mère Charlotte de Savoie
Conjoint Pierre de Beaujeu
Enfants Charles de Bourbon
Suzanne de Bourbon

Régent de France

Fille aînée du roi Louis XI et de Charlotte de Savoie, elle est également la sœur de Charles VIII, pour le compte de qui elle a assumé la régence lorsque celui était mineur de 1483 à 1491. Durant cette période, elle est considérée comme l'une des femmes les plus puissantes d'Europe à la fin du XVe siècle et est surnommée « Madame la Grande »[1]. Sa principale réussite est de parachever l’œuvre de son père Louis XI en rattachant de facto le duché de Bretagne au domaine royal, permettant ainsi de mettre au pas le dernier puissant grand feudataire (vassal du roi de France mais susceptible d'être peu obéissant voire même en rébellion).

Entre 1503 et 1521, elle est également régente de facto du duché de Bourbon sous le règne de sa fille Suzanne, la duchesse de Bourbon.

Elle est la dernière représentante des Valois directs.

Biographie

Jeunesse et formation d'une princesse royale

Anne de France est née probablement[2] le au château de Genappe, dit « château du Lothier » (Pays-Bas bourguignons), durant le séjour du roi son père dans les territoires du duc Philippe le Bon.

Encore en bas âge, elle est fiancée au jeune Nicolas de Lorraine, marquis de Pont-à-Mousson, qui était le petit-fils de René d'Anjou, héritier (après son père) des trônes de Lorraine, Bar, Anjou, Maine, Provence, Naples et Sicile.

Au mois de , son père attribue à sa fille la vicomté de Thouars et les seigneuries de Marans et de Berrye[a 1]. À la suite de la mort de son fiancé, Nicolas de Lorraine, le [a 2], Anne épouse Pierre de Beaujeu, de plus de vingt ans son aîné, sire de Beaujeu et frère cadet du duc Jean II de Bourbon. Le contrat est passé à Jargeau près d'Orléans le [a 3], et le mariage célébré l'année suivante. La princesse est alors âgée de 12 ans. Pierre, lui, est âgé de 35 ans.

A partir de 1473, la santé du roi Louis XI décline. Sentant sa fin approcher, selon ses dernières volontés le roi déclare sur son lit de mort qu'il souhaite qu’Anne de Bourbon et son mari le sire de Beaujeu assurent la régence durant la minorité royale de son frère, le dauphin Charles VIII (à l'époque la majorité était fixée à 14 ans)[3],[4].

Une régente du royaume de France d'une intelligence redoutable

Statue d'Anne de Beaujeu dans la série des Reines de France et Femmes illustres du jardin du Luxembourg.

À la mort de Louis XI en 1483, le dauphin Charles VIII n'a que douze ans. N'ayant pas encore atteint l'âge de la majorité royale, il ne peut exercer le pouvoir. Durant sa minorité, c'est sa sœur Anne qui exerce la régence, de 1483 à 1491, de concert avec son mari Pierre II de Bourbon.

Durant cette période, Pierre et Anne contiennent les ambitions des nobles et réaffirment l'autorité royale contre le parti du duc d’Orléans. Ils consolident également l’unité du royaume en mettant un terme à la guerre folle en 1488 à Saint-Aubin-du-Cormier. Après la reddition des grands princes bretons, qui perdirent plus de 10 000 hommes durant cette bataille, Anne de Beaujeu, qui a mis fin politiquement dans son propre camp aux nombreuses intrigues ou conspirations nourries par quelques grands féodaux, fait signer le traité du Verger, le à Sablé-sur-Sarthe.

Conséquence de la guerre folle, elle marie son frère Charles VIII à Anne de Bretagne, ce qui complète l'expansion territoriale accomplie par Louis XI en préparant le rattachement du duché de Bretagne à la Couronne.

Afin de répondre aux contestations des nobles qui avaient commencé dès la mort de Louis XI, Anne convoque alors les états généraux à Tours[5]. Pour se concilier les grands du royaume, elle accepte de se séparer de deux des conseillers de son père, Jean de Doyat et Olivier Le Daim.

Outre ses fonctions de régente, Anne supervise l’éducation de nombreux enfants de l'aristocratie de l’époque, dont Diane de Poitiers et Louise de Savoie. Elle s’occupe également de l’éducation de Marguerite d’Autriche qui deviendra par la suite gouvernante des Pays-Bas bourguignons[6].

Lors de la Guerre des Deux-Roses qui secoue l'Angleterre à la fin du XVe siècle, Anne apporte son soutien à Henri Tudor contre son rival, le roi Richard III. Lorsqu'Henri lui demande de l'aide pour évincer son ennemi, Anne lui envoie des troupes françaises grâce auxquelles Henri peut envahir l'Angleterre en 1485 et remporte la victoire de la Bosworth[7]. Henri monte alors sur le trône d'Angleterre sous le nom d'Henri VII.

Après le mariage du roi en 1491, Anne est progressivement écartée du pouvoir par la nouvelle reine, Anne de Bretagne, qui lui en veut d’avoir mis fin à l’indépendance du duché de Bretagne quelques années plus tôt[8]. Cela n'empêche pas le jeune couple royal de continuer à passer plusieurs mois par an chez elle, à Moulins, pour suivre ses conseils[9].

À la cour de Moulins, le mécénat de la duchesse de Bourbon

À la mort du duc Jean de Bourbon en 1488, elle négocie le duché de Bourbon pour son mari. Elle tient à Moulins une des cours les plus fastueuses du royaume[10].

Autres titres

Elle est aussi, par son conjoint, duchesse d'Auvergne et dame de Beaujeu.

En 1477, son mari récupère le comté de La Marche, après l'exécution de Jacques III d'Armagnac, son cousin au 3e degré. Elle fut aussi comtesse de Clermont en Beauvaisis, baronne du Roannais, princesse des Dombes, comtesse du Forez, vicomtesse de Carlat et comtesse de Gien.

Œuvres

Après la mort de son mari, Anne de France écrit Enseignements à ma fille[11] (Suzanne avait 12 ans), source importante sur l’éducation des jeunes filles de l’aristocratie de l’époque. Dans celui-ci, elle conseille à sa fille de s'entourer de gens frugaux. Elle lui indique également que la véritable noblesse vient de son humilité, de sa douceur et de sa courtoisie. Sans cela, les autres vertus ne valent rien[12].

  • Les Enseignements d'Anne de France, duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne, à sa fille Susanne de Bourbon. 1re éd. : Lyon, Le Prince, sans date ; réédition A.-M. Chazaud, Marseille, Laffitte, 1978
  • Les Enseignements d'Anne de France duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne à sa fille Susanne de Bourbon ; extrait d'une épistre consolatoire à Katerine de Neufville, dame de Fresne, sur la mort de son premier et seul filz (texte original publié d'après le manuscrit unique de Saint-Pétersbourg aujourd'hui perdu, et suivi des catalogues des bibliothèques du duc de Bourbon existant au XVIe siècle, tant à Aigueperse qu'au château de Moulins, et d'un glossaire ; reproduction des 19 miniatures originales d'après les dessins de M. A. de Queyroy), Moulins, C. Desrosiers, 1878 Lire en ligne

Elle publie également Histoire du siège de Brest, œuvre littéraire dont l’action se déroule durant la guerre de Cent Ans, qui donne en exemple les actes d’une femme lors d’une situation critique.

Sépulture

Anne de France fut inhumée dans la chapelle neuve du prieuré clunisien de Souvigny auprès de son époux et de sa fille[13].

Personnalité et traits physiques

Personnalité au tempérament affirmé, Anne de France laisse l’image d’une femme énergique, à la fois intelligente et astucieuse. À son propos, son père Louis XI déclare qu’elle est « la moins folle des filles de France, car de sage il n'y en a point »[14].

Elle était brune avec un front haut et des sourcils finement arqués. Ses yeux étaient marrons clair. Son regard était franc. Elle avait des lèvres et des mains fines. Aux dires de ses contemporains, elle « se tenait droite comme une lance »[15].

Dans la culture populaire

Littérature

Anne de France fait une brève apparition dans le roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Dans celui-ci, l'écrivain indique que la « dame de Beaujeu, fille du roi » vient visiter le cloître de Notre-Dame[16].

Télévision

Famille et enfants

Anne de France avait un frère et une sœur.

  • Son frère, Charles VIII, fut roi de France de 1483 à 1498.
  • Sa sœur, Jeanne, sainte Jeanne de France, appelée également « Jeanne la boiteuse », fut brièvement reine de France en tant que première épouse de Louis XII. Béatifiée en 1742, elle est canonisée en 1950.

De son mariage avec Pierre de Beaujeu, elle a eu deux enfants :

Ascendance

Notes et références

  1. (en) Emily Thompson, Encyclopedia of Women in the Renaissance, Maury Robin, , p. 42-43.
  2. Rémy Ambühl, Le séjour du futur Louis XI dans les pays de Philippe-le-Bon (1456-1461 ), Genappe, Cercle d'histoire et d'archéologie du Pays de Genappe, XIII, 2002, p. 31.
  3. Paul Pélicier Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, p. 41 Lire en ligne
  4. Paul Pélicier Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, p. 42 lire en ligne
  5. Paul Pélicier Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, p. 66 Lire en ligne
  6. Robin, Larsen et Levin 2007, p. 43.
  7. Paul Pélicier Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, p. 102 Lire en ligne
  8. (en) Hugh Chisholm, Anne of France. Encyclopædia Britannica., Cambridge University Press, , p. 70.
  9. Anne de France, Enseignements à sa fille, suivis de l'Histoire du siège de Brest, Saint-Etienne, Publications de l'Université de Saint-Etienne, , 141 p. (ISBN 2-86272-409-2), p. 13
  10. Anne Adrien, "Anne de Beaujeu et le mécénat féminin en France à l’aube de la Renaissance", dans Brou, un monument européen à l’aube de la Renaissance, Actes du colloque scientifique international de Brou, et , Paris, Éditions du patrimoine, 2007 Lire en ligne
  11. Les enseignements d'Anne de France, duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne, à sa fille Susanne de Bourbon, texte original publié d'après le ms. unique de Saint-Pétersbourg par A.-M. Chazaud, dessins de M. A. Queyroy, Moulins, C. Desroziers, 1878 (en ligne).
  12. Jansen 2004, p. 65.
  13. Jean Cluzel, Anne de France, fille de Louis XI, duchesse de Bourbon, Paris, Fayard, 2002 et Jacques Château, Les Bourbons avant Henri IV, Charroux, Éditions des Cahiers bourbonnais, 2005.
  14. Hackett 1937, p. 25.
  15. Hackett 1937, p. 45-46.
  16. Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, Poche, , p. 609
  17. Irène Frain, « Louis XI, un téléfilm fracassant », Paris Match, (lire en ligne, consulté le )
  18. Dominique Bonnet, « La princesse Anne de France ressuscitée ce lundi sur France 3 », Paris Match, (lire en ligne, consulté le )

Références bibliographiques

Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome III, p. 173-174 note no 1, Société de l'histoire de France et Librairie Renouard, Paris 1887, 389 p.

  1. p. 174 ; Bibliothèque nationale, Fr. 20494, fo 22.
  2. p. 173.
  3. p. 174 ; Bibliothèque nationale, Fr. 3882, fo 153.

Voir aussi

Œuvres

  • Tatiana Clavier & Éliane Viennot (éd.), Enseignements à sa fille, suivis de l'Histoire du siège de Brest, Saint-Étienne, Publications de l'université de Saint-Étienne, 2007.
  • Le Siège de Brest, texte traduit en français moderne, présenté et annoté par Jean-François Kosta-Théfaine, Paris, éditions Cartouche, 2012.

Bibliographie

  • Anne de Beaujeu et ses énigmes, Actes du colloque national du , Archives départementales du Rhône, Villefranche-sur-Saône, 1984.
  • (en) Tracy Adams et Glenn Rechtschaffen, « Isabeau of Bavaria, Anne of France, and the History of Female Regency in France », Early Modern Women : An Interdisciplinary Journal, vol. 8, , p. 119-147 (lire en ligne).
  • Aubrée David-Chapy (préf. Denis Crouzet), Anne de France, Louise de Savoie : inventions d'un pouvoir au féminin, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque d'histoire de la Renaissance » (no 11), , 794 p. (ISBN 978-2-406-05787-1, notice BnF no FRBNF45205293, présentation en ligne).
  • Georges Grassoreille, « Un registre de comptes de la duchesse Anne », Revue bourbonnaise, 1887, p. 20-30, 52-62, 101-108.
  • Jean-François Lassalmonie, « Les finances de la monarchie française sous le gouvernement des Beaujeu (1483-1491) », Études et documents, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, vol. VI (1994), p. 3-141.
  • Jean-François Lassalmonie, « Anne de France, dame de Beaujeu : un modèle féminin d'exercice du pouvoir dans la France de la fin du Moyen Âge », dans Éric Bousmar, Jonathan Dumont, Alain Marchandisse et Bertrand Schnerb (dir.), Femmes de pouvoir, femmes politiques durant les derniers siècles du Moyen Âge et au cours de la première Renaissance, Bruxelles, De Boeck, coll. « Bibliothèque du Moyen Âge », , 656 p. (ISBN 978-2-8041-6553-6), p. 129-146. Lire en ligne
  • Élodie Lequain, « Anne de France », notice biographique, Dictionnaire des femmes de l'Ancien Régime, Société internationale pour l'étude des femmes de l'Ancien Régime (SIEFAR), .
  • René de Maulde, Procédures politiques du règne de Louis XII, Paris, Imprimerie nationale, 1885 p. 1133-1200 : Procédures pour Anne de France duchesse de Bourbonnais Lire en ligne
  • Paul Pélicier, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu : 1483-1491, Chartres, Imprimerie Édouard Garnier, , 315 p. (présentation en ligne, lire en ligne).
  • Pierre Pradel, Anne de France (1461-1522), Paris, Publisud, coll. « La France au fil des siècles », , 247 p. (ISBN 978-2-86600-262-6, notice BnF no FRBNF34879761).
  • Jean-Charles Varennes, Anne de Bourbon, roi de France, Paris, Librairie académique Perrin, 1978, 409 p., ill. (prix Feydeau de Brou 1978 de l'Académie française) (ISBN 2-262-00093-X).
  • Éliane Viennot, « Anne de France (1461-1522), dame de Beaujeu, duchesse de Bourbon, régente de France : un cas d'école pour la recherche sur les femmes et le pouvoir », Cahier du CELEC, no 3, 2012, Reines, princesses, favorites : quelle autorité déclinée au féminin ? (en guise d'introduction au numéro), [lire en ligne].
  • Éliane Viennot, « Comment contrecarrer la loi salique ? Trois commanditaires de livres d’histoire au XVIe siècle : Anne de France, Louise de Savoie et Catherine de Médicis », dans Sylvie Steinberg & Jean-Claude Arnould (dir.), Les Femmes et l’écriture de l’histoire, 1400-1800, Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2008.
  • Éliane Viennot, « Rhétorique de la chasteté dans les Enseignements d'Anne de France à sa fille Suzanne de Bourbon », dans Jean-Jacques Vincensini (dir.), Souillure et pureté. Le corps et son environnement politique et culturel, Paris, Maisonneuve et Larose, 2003, [lire en ligne].
  • Éliane Viennot, « Une nouvelle d'Anne de France : l'Histoire du siège de Brest », dans Jean Lecointe, Catherine Magnien, Isabelle Pantin et Marie-Claire Thomine (dir.), Devis d'amitié, Mélanges en l'honneur de Nicole Cazauran, Paris, Honoré Champion, 2002, [lire en ligne].
  • Éliane Viennot, « La transmission du savoir-faire politique, d'Anne de France à Marie de Médicis », dans La Transmission du savoir dans l'Europe des XVIe et XVIIe siècles, Paris, Honoré Champion, 2001, [lire en ligne].
  • Éliane Viennot, « Gouverner masqués : Anne de France, Pierre de Beaujeu et la correspondance dite "de Charles VIII" », dans L'Épistolaire au XVIe siècle, Cahiers du Centre V.-L. Saulnier, no 18, Paris, Éditions Rue d'Ulm, 2001, [lire en ligne].
  • (en) Sharon L. Jansen, Anne of France : lessons for my daughter, D. S. Brewer Cambridge., 2004, (ISBN 978-1843840169).
  • (en) Francis Hackett, Francis The First, Doubleday, Doran & Company, Inc., .
  • (en) Diana Maury Robin, Anne R. Larsen et Carole Levin, Encyclopedia of women in the Renaissance: Italy, France, and England, Doubleday, Doran & Company, Inc., .

Articles connexes

Liens externes

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