Agnès Valois

Agnès Valois, en religion sœur Sainte Marguerite-Marie puis sœur Agnès-Marie, née le à Rouen et morte le à Martin-Église[1], est une infirmière et religieuse augustine française. Elle est connue pour avoir soigné des soldats alliés dans un hôpital sous contrôle allemand durant la Seconde Guerre mondiale, après l’échec du débarquement de Dieppe.

Pour les articles homonymes, voir Valois et Vallois.

Sœur Agnès-Marie
Biographie
Nom de naissance Agnès Cécile Marie-Madeleine Valois
Naissance
Rouen ( France)
Ordre religieux Augustines de la miséricorde de Jésus
Décès
Martin-Église ( France)
Autres fonctions
Fonction laïque
Infirmière

Biographie

Famille

Agnès Cécile Marie-Madeleine Valois[2] naît le à Rouen. En raison d’une erreur à l’état civil, son nom de famille est Valois avec un seul « L », comme pour ses deux sœurs, alors que la graphie utilisée pour son père et son frère est Vallois. Elle est baptisée le , jour de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France.

Elle est la petite-fille de Jules Vallois, fondateur en 1880 à Notre-Dame-de-Bondeville de la corderie mécanique qui porte son nom, cette corderie fermera ses portes en 1978 et accueille aujourd’hui le musée industriel de la corderie Vallois[3].

Elle est la fille de Gaston Vallois, fils de Jules, et de Cécile Debreuil. Agnès a deux grandes sœurs, Marguerite-Marie et Cécile, et un petit frère, Pierre.

Formation

Après une scolarité dans une petite école de Mont-Saint-Aignan puis aux Cours Notre-Dame, un lycée de Rouen, Agnès Valois réussit son baccalauréat en 1932. Infirmière dès 1934 après des cours à la Croix-Rouge de Rouen, elle obtient son diplôme d'État d'infirmier en 1936.

De 1936 à 1938, Agnès Valois travaille en médecine hospitalière en salle militaire ; puis de 1938 à 1940, elle travaille en salle d’opération ; à la fin de cette période, elle devient infirmière anesthésiste.

Entrée dans la vie religieuse

Dans le même temps, Agnès Valois devient religieuse le dans l’ordre des Augustines de la miséricorde de Jésus au couvent de l’hôtel-Dieu de Rouen. Elle prend l’habit le sous le nom de sœur Sainte Marguerite-Marie avant de prononcer ses premiers vœux le et ses vœux perpétuels le .

Débarquement de Dieppe

Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, Agnès Valois est donc religieuse infirmière à Rouen en France occupée à l’hôtel-Dieu. L’hôtel-Dieu est alors le lieu d’une antenne chirurgicale sous ordre allemand.

Après l’échec du débarquement de Dieppe le dans le cadre de l’opération Jubilee à laquelle ont participé des soldats alliés de huit nationalités (surtout des Canadiens et quelques Britanniques), des soldats blessés alliés et allemands sont amenés auprès des Augustines à partir de 2h du matin le 20 août. À partir de cette nuit-là, dix infirmières augustines[4], dont Agnès Valois, soignent et apportent réconfort sans relâche à plusieurs centaines de blessés dont une cinquantaine d’Alliés et ce au-delà de la volonté des Allemands qui avaient peur qu’elles puissent relayer des informations importantes.

Malgré les menaces, Agnès Valois et les autres infirmières augustines s’assureront que les blessés alliés reçoivent les mêmes soins médicaux que les militaires allemands : le soldat canadien Russel Dube rapporte qu’il a vu Agnès Valois frappée par deux soldats allemands pour lui avoir lavé la figure et sommée de s’éloigner des soldats alliés mais Agnès Valois les repoussa pour continuer les soins. Les infirmières augustines procurent aussi clandestinement aux soldats alliés alcool, friandises, raisin, etc. pris directement dans les stocks allemands de l’hôtel-Dieu.

Dix soldats canadiens et anglais succombèrent la nuit de leur arrivée à l’hôtel-Dieu, trois d’entre eux échappèrent à la fosse commune, leurs corps ayant été, malgré le danger, subtilisés par les Augustines pour leur donner des sépultures décentes. Ces trois soldats sont maintenant enterrés dans le carré réservé aux soldats étrangers du cimetière Saint-Sever de Rouen[5],[6].

Parmi les soldats canadiens, il y eut entre autres un soldat, du nom d’Edwin Bennett, grièvement blessé au visage : la ténacité d’Agnès Valois ayant permis d’obtenir l’assistance d’un ophtalmologiste de Berlin, il recouvra la vue. Après l’opération, ce médecin allemand confiera que si elle n’avait « pas été là, il ne l’aurait pas fait ». Bennett, dont la vue était revenue pendant sa captivité, n’avait jamais aperçu sa bienfaitrice. Il la reconnut au son de sa voix en 1982 lors de commémorations[7]. Agnès Valois obtient aussi la vie sauve d’un autre soldat canadien, Roland Laurendeau, que les Allemands voulaient tuer d’une balle dans la tête tellement il était agonisant, ce soldat recroisera Agnès Valois lors d’un voyage au Québec en avril 1993 et, tout comme Edwin Bennett en 1982, la reconnaîtra également au son de sa voix, voix entendue cinquante-et-une années plus tôt.

Plusieurs mois plus tard, fin novembre 1942, la plupart des soldats alliés sont soit morts soit déportés en Allemagne dans les camps de prisonniers ; seuls deux blessés intransportables canadiens sont encore soignés à l’hôtel-Dieu. À la demande d’un des deux, le commandant Robert J. Hainault, et malgré les risques, Agnès Valois enlève et brûle le portrait d’Adolf Hitler présent dans la salle de soin où séjournait le militaire canadien.

Après la guerre

Après de nouvelles études d’infirmière de 1944 à 1946, Agnès Valois est promue surveillante de service et assistante au bloc opératoire.

En 1963, Agnès Valois obtient le diplôme des cadres après une année à Poitiers. Grâce à ce diplôme, elle devient, en 1964, surveillante en chirurgie.

Le , en raison de la fermeture de l’hôtel-Dieu, elle arrive au monastère Sainte-Marie de Thibermont, situé dans la commune de Martin-Église, et prend le nom de sœur Agnès-Marie. Elle exerce de 1968 à 1974 à l’hôpital de Dieppe comme surveillante en chirurgie, puis de 1974 à sa retraite en 1979 au service gériatrie de Château-Michel, également à Dieppe.

Fred J. Mifflin (en), ministre canadien des Anciens combattants, lui a rendu hommage lors des cérémonies du cinquante-cinquième anniversaire du débarquement de Dieppe au cimetière Saint-Sever de Rouen[6] du 18 août 1997. Agnès Valois a elle-même témoigné lors des commémorations du soixante-dixième anniversaire le 19 août 2012 au cimetière des Vertus à Hautot-sur-Mer et elle s’est vu remettre les clefs de la ville canadienne de Windsor par son maire Eddie Francis (en). Elle fut ovationnée par les Canadiens présents ce jour-là dont sept anciens soldats qu’elle avait soignés. Elle est appelée l’« Ange blanc » ou l’« Ange miséricordieux » par les anciens combattants canadiens ou l’« Ange de Dieppe »[8] par ceux britanniques.

Elle meurt le à Martin-Église (Seine-Maritime)[1]. Le jour de sa mort, la municipalité de Dieppe fait mettre les drapeaux de la commune en berne[1]. Le 24 avril 2018, une cérémonie en hommage à Agnès Valois et une messe célébrée par l’abbé Geoffroy de la Tousche, curé de la paroisse Saint-Jean-Paul-II de Dieppe, ont lieu à Hautot-sur-Mer au cimetière des Vertus qui est le cimetière militaire canadien où sont enterrés plusieurs centaines de militaires de l’opération Jubilee ; cet hommage se fait en présence d’Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France, de Fabienne Buccio, préfète de la région Normandie et préfète de la Seine-Maritime, de Nicolas Langlois, maire de Dieppe, et de Sébastien Jumel, député de la Seine-Maritime et ancien maire de Dieppe ; Agnès Valois est enterrée plus tard dans la journée à Dieppe au cimetière de Janval dans le carré réservé aux religieux[9],[10],[11].

Décorations

Notes et références

  1. « Dieppe pleure Sœur Agnès-Marie Vallois qui nous a quittés à l'âge de 103 ans », sur Actu.fr, (consulté le ).
  2. Prénoms selon le faire-part de naissance et de baptême.
  3. Site du musée.
  4. En plus d’Agnès Valois qui portait le nom de sœur Sainte Marguerite-Marie, il y avait quatre autres religieuses de Rouen (sœur Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, sœur Sainte Monique, sœur Sainte Clotilde et sœur Marie Joseph) et cinq religieuses de Dieppe (sœur Sainte Marie du Sacré Cœur, sœur Saint François de Salle, sœur Saint François Xavier, sœur Sainte Monique et mère Marguerite-Marie). Ces noms sont rappelés lors de la remise à Agnès Valois des insignes de chevalier de l’ordre national du Mérite le 5 février 1993.
  5. Le cimetière Saint-Sever sur le site web de la commune du Petit-Quevilly.
  6. Le cimetière appartient à la ville de Rouen bien qu’il soit dans sa majeure partie sur le territoire communal du Petit-Quevilly.
  7. Reportage « Les Canadiens à Dieppe : sœur Agnès-Marie » au journal télévisé de France 3 Normandie le 18 août 1992 (disponible sur le site de l’INA).
  8. (en) « ‘Angel of Dieppe’ celebrates 100th birthday » sur le site du Sussex Express.
  9. « Dieppe a rendu hommage à Sœur Agnès-Marie Valois » sur le site de Tendance Ouest.
  10. [« Les funérailles de sœur Agnès-Marie Vallois auront lieu au cimetière des Vertus, près de Dieppe », sur Actu.fr, 24 avril 2018 (consulté le 3 mai 2018).
  11. « Décès de Sœur Agnès-Marie Valois » sur le site du diocèse de Rouen.

Voir aussi

Sources ayant servi à la rédaction de l’article

Bibliographie

  • Sœur Agnès-Marie Valois, l’Ange blanc, brochure à l’adresse d’Agnès Valois rédigée par Gérard Leterc, lauréat de l’Académie normande des lettres et de l’Académie de Rouen, 78 p., 2013.
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