Affaire Sylvain Alloard

L'affaire Sylvain Alloard, est une affaire criminelle française dans laquelle Sylvain Alloard, premier maître de 31 ans sur le porte-avions Clemenceau, a été assassiné au matin du à Marseille dans les Bouches-du-Rhône. À ce jour, les auteurs de ce crime n'ont pas été identifiés[1].

Affaire Alloard
Titre Affaire Sylvain Alloard
Fait reproché Homicide
Chefs d'accusation Assassinat
Pays France
Ville Marseille
Nature de l'arme arme à feu
Type d'arme carabine
Date
Nombre de victimes 1 : Sylvain Alloard
Jugement
Statut affaire non résolue

Biographie

Sylvain Alloard est né le à Marseille dans les Bouches-du-Rhône. Sa mère se prénomme Arlette[2].

Il décide très jeune d'intégrer la Marine. Il fait son service militaire Querqueville, dans la Manche. Il est major de sa promotion à l'école de maistrance, à Brest, dans le Finistère. Il suit une formation d'électromécanicien au Centre d'instruction naval de Saint-Mandrier, dans le Var. Il est basé à Toulon et fait le tour du monde sur les porte-avions Foch et Clemenceau, sur lesquels il assure la sécurité des machines[2].

Il est jugé honnête, droit, sain, ayant une bonne mentalité, charmant, bon-enfant, ne supportant pas l'incivisme, trop rigide. Il ne se laisse pas marcher sur les pieds. Il plait aux femmes, aime sortir en boite de nuit, au restaurant, dans les cafés[2].

Le , il rencontre sa future épouse, dirigeant plusieurs sociétés, issue d'une famille de notables des environs d'Aix-en-Provence. Ils se fiancent pendant l'été et se marient le . Le , leur fille naît. Les rapports de dégradent très vite. Sa femme fait construire une villa près de sa famille. En , ils y emménagent. Il trouve cette maison « trop luxueuse » et est gêné par la présence intempestive de sa belle-famille, par qui il se sent à peine toléré et rabaissé. Le , il quitte la maison après une violente dispute et retourne vivre seul à Marseille[2].

Il habite un appartement au deuxième étage dans le bâtiment 2 de la résidence Michelet Saint-Jacques, au 26 chemin Joseph Aiguier, dans le quartier Valmante du 9e arrondissement. L'entrée de la résidence est fermée par un portail de sécurité, dont seuls les résidents ont le code. Le portail est laissé ouvert entre 7 h et 9 h[2].

En , Sylvain Alloard dit à un ami qu'il a constitué un dossier sur sa belle-famille, prouvant des montages et des financements frauduleux sur leurs sociétés. Il aurait caché ce dossier sur son lieu de travail[2].

En , il entame une procédure de divorce.

Sa belle-famille le décrit buveur, adepte des jeux de cartes. Son épouse engage un détective privé pour le suivre et rechercher des preuves de relations extraconjugales. Sylvain Alloard dit à un ami que son épouse consulte à distance le répondeur de son téléphone fixe, pour y chercher des messages enregistrés établissant l'existence de maîtresses[2].

Le , il rédige son testament dans lequel il lègue la totalité de ses biens à sa mère, dont seule celle-ci est au courant[2].

En , un jugement de non-conciliation est établi. Il obtient le droit de garde et un droit de visite pour sa fille.

En , il est affecté au Fort de la collégiale à Six-Fours dans le Var. Son contrat arrive à terme, il va bientôt quitter l'armée[2].

Séparé, il reprend les conquêtes féminines. Il a une relation avec Rosita, d'origine mauricienne, rencontrée dans la boite de nuit Le zoom à Toulon. Il lui fait comprendre que leur liaison n'est qu'une passade. Vexée, elle lui envoie une lettre de menaces. Depuis sa séparation, il n'a pas annulé le transfert de son courrier à l'adresse de la maison de sa femme, près d'Aix-en-Provence. C'est donc la femme de Sylvain Alloard qui reçoit la lettre de Rosita. Sylvain et Rosita se sont ensuite réconciliés[2].

Chaque semaine, Sylvain Alloard quitte son appartement le lundi au petit matin, pour aller au travail à Six-Fours, il ne rentre que le vendredi soir. Dans la semaine, son appartement est inoccupé. Caroline, sa voisine du dessous, au premier étage, et amie a l'autorisation d'utiliser sa place de parking (numéro 107) au pied de l'immeuble, pendant la semaine[3].

Les faits et l'enquête

Le , vers 22 h, Caroline entend des bruits de pas dans l'appartement de Sylvain Alloard, où il est censé n'y avoir personne. Elle voit que la lumière est allumée dans celui-ci. Elle monte pour voir ce qu'il en est. Elle constate que la porte d'entrée est entrouverte et que la lumière à l'intérieur a été éteinte. Un homme à la porte d'entrée, d'allure sportive à l'accent marseillais, lui demande si « elle a un problème ». Elle entend qu'il y a quelqu'un d'autre à l'intérieur de l'appartement. L'homme lui dit qu'il est avec une amie. Caroline redescend chez elle et tente de téléphoner à Sylvain Alloard, sans succès. À cet instant, elle entend que les deux personnes partent et descendent. Ils n'allument pas la lumière, elle n'a donc pas pu les observer. Informé, Sylvain signale les faits à la police. Il constate que les individus ne sont pas entrés par effraction et qu'ils n'ont rien emporté[3]. Il a la conviction que c'est sa femme qui a fait fouiller son appartement. Il décide de ne pas porter plainte[2].

Le , à 7 h 10, Sylvain Alloard démarre sa voiture, une Citroën Xantia, garée sur sa place de parking, pour se rendre à son travail. Il manœuvre et recule de quelques mètres pour partir. Un géomètre travaillant dans une entreprise informatique dont les bureaux sont dans la résidence, lui fait signe que le pneu arrière gauche de sa voiture est à plat. Il propose à Sylvain son aide pour changer la roue. Sylvain le remercie et décline son offre, car il est certain de pouvoir se débrouiller seul. Il laisse tourner le moteur, sort le cric du coffre et s'accroupit pour l'installer. Un homme s'approche dans son dos et tire à bout portant avec un fusil, deux balles de .22 Long Rifle dans sa nuque. Sylvain Alloard s'affaisse immédiatement et ne bouge plus. Le tueur grimpe précipitamment côté passager dans une R21 grise, conduite par un autre homme. Ils quittent la résidence à vive allure. Un voisin place Sylvain Alloard en position latérale de sécurité. Les pompiers arrivent un quart d'heure après[2].

Sylvain Alloard tombe immédiatement dans le coma et meurt dans les minutes qui suivent, dans le véhicule qui le transporte vers la clinique de la Résidence du Parc.

La scène de crime est nettoyée avant le milieu de la matinée. Les enquêteurs trouvent trois témoins directs à leurs fenêtres dans les étages. Ils indiquent que le tireur portait une casquette orange et bleue. L'un d'eux a noté la plaque d'immatriculation de la voiture : 8709 SN 13. Les enquêteurs établissent rapidement que c'est une voiture volée avec des fausses plaques. Ils trouvent les deux douilles. Le portail avait été neutralisé par les tueurs, car il était ouvert depuis au moins 6 h 40[2].

Le corps de Sylvain Alloard est autopsié à l'hôpital de la Timone. Il était en parfaite santé. L'analyse toxicologique ne révèle aucune trace de drogue. Une balle est entrée par sa nuque et a provoqué des lésions mortelles dans son cerveau. L'autre balle est entrée sous son oreille gauche et est ressortie sous son œil droit. Cette balle n'a pas été retrouvée[2].

Le mode opératoire évoque une exécution mafieuse ou un règlement de comptes de voyous. Mais l'arme du crime ne correspond pas à ce scénario, un tueur à gages utilisant plutôt une arme de poing.

L'enquête établit que :

  • Sylvain Alloard n'a jamais été lié à la mafia, son casier judiciaire est vierge.
  • il n'a pas été tué par erreur à la place d'un autre.
  • un marin avec qui il avait eu une altercation en , sur le Clemenceau, pour avoir causé des dégradations à bord est mis hors de cause, car celui-ci était bien présent à l'appel au moment de l'assassinat.
  • il n'y a aucun lien entre son assassinat et le scandale de l'affaire de la DCN de l'arsenal de Toulon.
  • il n'est lié a aucun trafic ou détournement d'armes ou de munitions.
  • ce n'est pas le détective engagé par sa femme qui s'est introduit dans son appartement le .
  • Rosita, l'amante éconduite, est mise hors de cause.
  • le dossier contre sa belle-famille n'a jamais été trouvé. Il aurait bluffé pour les intimider.
  • sa femme a fait faire un double de la clé de l'appartement de Sylvain Alloard à son insu, uniquement dans le but d'établir un adultère.
  • les armes de calibre 22 Long Rifle, trouvées lors des perquisitions chez la belle-famille de Sylvain Alloard, ne correspondent pas aux douilles retrouvées sur la scène de crime.

Le conflit entre la juge d'instruction et les enquêteurs a entravé l'enquête[2].

En , une ordonnance de non-lieu est rendue[4]. Grâce à l'action de la famille et à la création d'une cellule d'enquête spécialisée dans les « Cold Cases » au parquet de Marseille au début des années 2010, l'enquête est rouverte en pour retrouver les auteurs du crime[4],[5].

Notes et références

  1. « Le meurtre de Sylvain Alloard jamais élucidé » Article publié le 21 mars 2013 dans La Provence
  2. « Affaire Sylvain Alloard » le 11 avril 2010 dans Non élucidé sur France 2
  3. Solène Haddad, Affaires criminelles inexpliquées, City Editions, 29 mai 2013, (ISBN 978-2-824-60304-9), chapitre « Le militaire victime d'un guet-apens »
  4. Denis Trossero, « Marin tué à Marseille : l'enquête relancée », sur La Provence, (consulté le ).
  5. Vincent Gautronneau, « Qui a assassiné le quartier-maître Alloard à Marseille en 1998 ? », sur Le Parisien, (consulté le ).

Bibliographie

Documentaires télévisés

 : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Émission radiophonique

Voir aussi

Article connexe

Lien externe

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