Micropolitique

« Micropolitique » est une catégorie utilisée par Félix Guattari[1] à la fois pour délimiter, théoriquement, un certain niveau d'observation des pratiques sociales : leur économie inconsciente, là où se manifeste une certaine plasticité dans l'articulation du désir et de l'institution[2] ; et, pratiquement, pour définir, dans un monde ségrégué, le champ d'intervention de « ceux dont la profession consiste à s'intéresser au discours de l'autre ».

« Nous sommes embarqués dans ce processus de division sociale générale de la production sociale de la subjectivité et il n'y a pas de retour. Mais pour cette raison même nous devons interpeller [...] tous ceux dont la profession consiste à s'intéresser au discours de l'autre. Ils se trouvent à un carrefour politique et micropolitique fondamental. Ou bien ils vont faire le jeu de cette reproduction de modèles qui ne permettent pas de créer de sorties pour les processus de singularisation, ou bien au contraire ils vont travailler pour le fonctionnement de ces processus dans la mesure de leurs possibilités et des agencements qu'ils réussiront à faire fonctionner. Cela veut dire qu'il n'y a aucune objectivité scientifique dans ce champ, ni même une supposée neutralité dans la relation, comme la supposée neutralité analytique. [...] Les gens qui, dans les systèmes thérapeutiques ou dans l'université, se considèrent comme de simples dépositaires ou canaux de transmission d'un savoir scientifique ont déjà pris, pour cette seule raison, une position réactionnaire. Quelle que soit leur innocence ou leur bonne volonté, ils occupent une position de renforcement des systèmes de production de la subjectivité dominante. Il ne s'agit pas d'un destin de leur profession. »

 Félix Guattari et Suely Rolnik, Micropolitiques, Les Empêcheurs de penser en rond, Paris, 2007, p. 43-44

Notes et références

  1. Et par Gilles Deleuze, essentiellement dans leur œuvre commune, Mille Plateaux, où ils donnent forme conceptuelle à la micropolitique. Voir Philippe Mengue, « Micropolitique » in Le vocabulaire de Gilles Deleuze (sous la dir. de Robert Sasso et Arnaud Villani), Les Cahiers de Noesis, no 3, printemps 2003.
  2. « Du point de vue de la micropolitique, une société se définit par ses lignes de fuite, qui sont moléculaires » écrivent Deleuze et Guattari dans le chapitre « Micropolitique et segmentarité » de Mille Plateaux.

Voir aussi

Lien externe

  • Entrée « Micro-politiques » dans l'ouvrage en ligne Micro-politiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives de David Vercauteren [lire en ligne]
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