Kitchen litho

La kitchen litho est une technique d’estampe basée sur le principe de la lithographie, simplifiée et adaptée à une utilisation accessible par tous. Le terme désigne autant le procédé d'impression que l'estampe imprimée en elle-même. « Litho » est une abréviation familière pour lithographie et « kitchen » signifie cuisine en anglais. C'est ce qui caractérise ce système d'impression : la kitchen litho fait appel à du matériel disponible dans la cuisine.

L'œuvre à reproduire est tout d'abord dessinée en gras avec du savon par exemple sur plaque ou feuille d'aluminium. Puis elle est fixée par acidulation grâce à l'action du soda ou autre liquide ménager non toxique[1] à pH acide sur l'aluminium. L'encrage se fait au rouleau, avec de l'encre grasse sur l'aluminium humidifié. L'impression peut se faire « à la cuillère »[2] ou avec une presse taille-douce ou une presse lithographique[3].

Mise au point

Le nom kitchen litho a été choisi par Émilie Aizier alias Émilion, inventeur du procédé en . L'artiste avait commencé ses recherches en 2009 dans le domaine de l'impression d'art non toxique[4], aidée par la suite des conseils du fabricant de presse taille-douce Gary Thibeau[5]. Pouvant difficilement disposer d'une bête à cornes, autre nom de l'imposante presse lithographique, et devant les difficultés de manutention des pierres lithographiques, c'est en se retournant vers ce qu'elle trouvait dans sa cuisine qu'Émilion a mis au point sa technique légère.

Technique et caractéristiques

La kitchen litho permet de créer et d'imprimer, jusqu'à une centaine d'exemplaires, des estampes originales. C'est une forme contemporaine de lithographie, appartenant également à la famille de l'algraphie ou alugraphie car la matrice est en aluminium[6]. Comme la lithographie, la kitchen litho est une technique d'impression planographique (impression à plat) basée sur la répulsion entre l'eau et la graisse.

Non-toxicité

Elle est non toxique car elle ne fait intervenir ni bitume, ni essence de térébenthine, ni autres produits à fortes émanations toxiques. L'huile de cuisine a remplacé la térébenthine pour effacer le dessin fait au crayon lithographique, pastel gras ou encre grasse. L'acide phosphorique utilisé traditionnellement pour l'acidulation sur l'aluminium a été remplacé par la préparation toute faite du cola, ou autre liquide de consommation à pH assez acide (soda, jus de fruits, vinaigre).

Rapidité

La rapidité est surtout marquée par le fait que la feuille d'aluminium ménager ne nécessite aucune préparation (absence de grainage). Le cola (acide) agit immédiatement. Dans ce cas, les étapes complexes de la préparation de la plaque sont supprimées.

Économie

Les feuilles ou plaques d'aluminium, le soda, l'huile et les outils de dessin s'achètent en commerce grand public. À défaut d'encre d'imprimerie, des essais peuvent se faire avec de la peinture à l'huile. Et à défaut de presse pour l'imprimerie ou de presse taille-douce, il est possible d'imprimer à la cuillère[7] (utilisation du dos d’une cuillère comme frotton).

Inconvénients

Par rapport à la lithographie traditionnelle, cette technique légère autorise moins facilement les retouches de détail. Les tirages sont plus limités en quantité. En revanche elle permet une expression spontanée et des expérimentations plus faciles.

Reconnaissance artistique

La kitchen litho se répand par le fait de sa simplicité d’utilisation, notamment dans le cadre d’activités pédagogiques. Le Centre de la Gravure et de l'Image imprimée situé à La Louvière en Belgique, organise des ateliers kitchen litho depuis 2013[8]. Le Musée de l’imprimerie de Lyon lui a consacré en 2012-2013 des animations pour les jeunes[9].

Dans le manuel Kitchen Litho, manuel de lithographie simple et non toxique rédigé par Émilie Aizier en 2012, Maxime Préaud, conservateur général honoraire à la Bibliothèque nationale de France signe une préface. Il écrit : « À ceux qui penseraient qu'il ne s'agit que de fariboles, je dirai ceci : attention ! Ça marche »[10]

Lors du salon Lille Art Fair 2013[11], Hervé Di Rosa, artiste à l'honneur, réalise sa première kitchen litho en collaboration avec Émilie Aizier sur l'espace de l'Atelier Kitchen Print (Association dédiée à la promotion de l'estampe et à la kitchen litho)[12].

Notes et références

  1. À la place du soda, il est également possible d'utiliser du vinaigre ou du jus de fruit suffisamment acide.
  2. La technique d'impression à la cuillère permet de remplacer une presse d'imprimerie, la pression est exercée localement avec le dos d'une cuillère manipulée à la main. Il faut parcourir l'ensemble de la surface à presser avec le dos de la cuillère.
  3. Une présentation rapide de la technique d'impression est disponible sur le site (en) nontoxicprint.
  4. Émilion participe à l'exposition de fin d'année 2009/2010 de l'Atelier de la main gauche à Toulouse
  5. (en) Artist and teacher of drawing/engraving Émilie Aizier-Brouard, along with intaglio press manufacturer Gary Bruno-Thibeau, have researched the use of aluminum foil and cola to formulate "kitchen lithography", Simple Printmaking: Hand-Printing Projects to Make at Home, page 121, Par Elizabeth Harbour
  6. L'inventeur de la lithographie, Aloys Senefelder, a développé la lithographie sur pierre en 1796 bien qu'il ait aussi utilisé le métal comme support lithographique. L'Art de la lithographie ou instruction pratique, Aloys Senefelder, 1819, page 24.
  7. (en)Norman Gorbaty (en) a publié en 1960 un livre autour de la technique d'impression à la cuillère Print Making with a Spoon
  8. Service éducatif activités adultes ateliers à venir et archives des ateliers passés au Centre de la Gravure et de l'Image imprimée à La Louvière
  9. Musée de l’Imprimerie, 2012-13
  10. Kitchen Litho, Manuel de lithographie simple et non toxique, Édition Atelier Kitchen Print, 2012, (ISBN 9782954265100)
  11. Stand de l'association Atelier kitchen print à Lille Art Fair
  12. Hervé Di Rosa à Lille Art Fair, stand de l'Atelier Kitchen Print

Annexes

Bibliographie

Liens externes

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