Effet Mars

L'effet Mars est le nom donné à une hypothétique corrélation — dont l'existence a été avancée dans les années 1950 par Michel Gauquelin — entre la destinée de certains sportifs et la position de la planète Mars par rapport à l'horizon et au méridien géographique au moment de leur naissance.

L'idée est de vérifier avec des outils statistiques l'existence ou non d'une corrélation entre le devenir d'individus et des considérations liées avec la position d'un objet céleste dans le ciel à un instant et un endroit donné (déterminés par l'astronomie, mais correspondant en fait à un concept typiquement astrologique puisqu'il s'agit de l'instant et du lieu de naissance).

La réalité de cet effet est controversée, les différentes études aboutissant à des résultats contradictoires. Un tel résultat, s'il était avéré, pourrait être considéré comme étant une preuve de la réalité d'un phénomène astrologique. Pourtant il a été statistiquement et rigoureusement démontré que cet effet n'existe pas[1],[2].

Position du problème

L'hypothèse testée par Michel Gauquelin revient à tester si la position de la planète Mars par rapport à l'horizon et au méridien (lever, culmination, coucher, anti-culmination) au moment de la naissance de certains sportifs de renom présente ou non une distribution statistiquement uniforme. Pour ce faire, Gauquelin a divisé le ciel en douze secteurs de taille identique, les secteurs 1 à 6 correspondant à Mars au-dessus de l'horizon et situés de plus en plus vers l'est, les secteurs 7 à 12 correspondant à Mars en dessous de l'horizon. Le choix de Mars et de sujets sportifs présente une certaine pertinence pour les astrologues, mais n'était pas a priori considéré comme le test le plus naturel ou le plus probant de l'astrologie.

Du fait de la rotation diurne terrestre, la planète Mars change de secteur toutes les deux heures environ. Les douze secteurs sont donc visités en une journée, et ils le sont de façon quasi-uniforme sur des échelles de quelques jours, ce qui présente un certain nombre d'avantages, en particulier de s'affranchir de divers biais comme le mois de naissance, dont l'influence sur le devenir des individus est avérée[réf. souhaitée] mais n'est pas considérée comme ayant une origine astrologique. D'autre part, par construction, l'absence d'influence de la planète Mars doit se traduire par une distribution uniforme des secteurs sur un échantillon de population suffisamment large, tout écart à cette distribution uniforme pouvant voir sa signification statistique testée par des outils bien maîtrisés comme le test du χ².

La distribution de mars dans le ciel de naissance n'est pas uniforme. La course de Mars est plus fréquente en secteur diurne pour un occidental. Michel Gauquelin avait donc calculé une espérance théorique de la présence de Mars dans les secteurs du ciel. La présence de Mars dans deux secteurs choisis (en l'occurrence les secteurs 1 et 4) doit en principe représenter une valeur égale à l'espérance théorique. L'effet Mars, énoncé par Michel Gauquelin, est l'affirmation[3] que la proportion de présence de Mars dans les secteurs 1 et 4 est légèrement mais significativement supérieure à la valeur théorique attendue pour une population spécifique donnée (les militaires, les sportifs) correspondant à un trait de caractère[4]associé par la doctrine astrologique à la planète Mars.

Premières publications

Un diagramme typique des travaux de Michel Gauquelin montrant à la naissance de sportifs notables une prétendue plus grande fréquence statistique de la planète Mars après son lever (= son passage à l'ascendant) ou après sa culmination (= son passage au Milieu du Ciel).

Dans les années 1950, Michel Gauquelin publie son premier compte rendu de travaux sur l'Effet Mars dans lequel il prétend qu'il existe une corrélation entre la positions de Mars dans le ciel et la naissance de certains sportifs. Il découpe le ciel en douze secteurs et trouve une fréquence de Mars avoisinant les 22 %, dans deux secteurs du ciel, les secteurs 1 et 4, chez les sportifs, pour une espérance qu'il estime aux environs de 17 %. Les secteurs de Gauquelin, qu'il nomme secteur 1 et 4, correspondent aux périodes suivant[5] immédiatement le lever et la culmination de la planète dans le ciel de naissance. Dans les années 1960, Gauquelin étend ses recherches à de nouvelles données qui répètent l'écart de distribution de 5 %.

L'étude du Comité Para

Michel Gauquelin demande au Comité Belge pour l'Investigation Scientifique des Phénomènes Réputés Paranormaux[6], dit Comité Para, de vérifier ces travaux. Ce dernier accède à sa demande en 1967. Le Comité établit un nouvel échantillon de 535 sportifs et donne des premiers résultats similaires aux études de Gauquelin[réf. souhaitée]. Suspectant un biais démographique dans l’échantillon, le Comité constitue alors 9 échantillons de test qui donnent le même écart de 5 %[réf. souhaitée]. Le Comité Para, pour s’assurer qu’il n’y avait pas de biais démographique et que la distribution théorique de Mars dans le ciel proposé par Michel Gauquelin constituait bien une base statistique fiable, a mélangé 9 fois les heures de naissances des sportifs sélectionnés pour obtenir 9 nouveaux échantillons témoins démographiquement équivalents, mais différents. Les résultats restent sensiblement les mêmes que ceux de Gauquelin[réf. souhaitée]. La distribution théorique de Mars dans le ciel que Gauquelin utilisait sans avoir recours à la méthode du Comité Belge Para, est à peu de chose près équivalente à celle des 9 échantillons témoins. L’écart statistique subsiste. En 1976 le Comité Belge Para publie des résultats et conclut que la méthode ne permet pas de s’assurer d’avoir éliminé tous les biais et ne reconnaît pas l'Effet Mars. Les conclusions du Comité Belge Para sont appuyées[réf. souhaitée] par la publication dans The Humanist d'un manifeste contre l'astrologie et ses croyances signé par 186 chercheurs dont 18 prix Nobel.

Le test Zelen

L'histoire gagne les É.-U. et le jeune comité sceptique américain, le CSICOP, né en 1975, entreprend une nouvelle vérification pour rechercher un facteur naturel qui expliquerait l'écart de 5 % constaté dans les données de Gauquelin et les vérifications du Comité Belge Para[réf. souhaitée]. Un statisticien, le professeur Marvin Zelen se propose de vérifier l'espérance de distribution de Mars évaluée à 17 % par Michel Gauquelin en constituant, cette fois, un large groupe de contrôle. Une base de données de 16 756 individus non sportifs, nés à plus ou moins trois jours et dans les mêmes lieux qu'un échantillon de 303 sportifs, est collectée. Les résultats publiés en 1977 dans The Humanist confirment une espérance de distribution de Mars autour de 17 %[réf. souhaitée].

L'étude du CSICOP

À l'automne 1977 le CSICOP entreprend une autre étude sur les champions américains, cette fois, dont l'échantillonnage est mené par le Président Paul Kurtz et les calculs réalisés par deux astronomes, George Abell et Dennis Rawlins[7]. Les résultats publiés en 1979 dans The Skeptical Inquirer montre un résultat significativement inverse aux hypothèses de Michel Gauquelin avec un taux de 13,5 % de présence de Mars dans les secteurs clés[réf. souhaitée]. En 1981, l'astronome Dennis Rawlins, membre fondateur du CSICOP, publie dans le magazine "sTARBABY"[8], un long article dans lequel il critique la conduite de l'expérience du CSICOP, soupçonnant un biais d'échantillonnage qui aurait conduit au résultat anormal de 13,5 %[réf. souhaitée]. En 1983 Abell, Kurtz et Zellen répondent aux critiques de Dennis Rawlins dans le The Skeptical Inquirer et soutiennent la qualité de l'échantillonnage du CSICOP et reconnaissent que les calculs des facteurs astronomiques et démographiques de Michel Gauquelin sont justes[réf. souhaitée].

L'étude du CFEPP

En 1982, le CFEPP, Comité Français pour l'Étude des Phénomènes Paranormaux, propose une nouvelle expérience dont un protocole détaillée est construit avec les Gauquelins. Le protocole stipulait notamment que les champions choisis pour l'expérience devaient avoir une renommée significative. En 1990, le CFEPP publie un premier rapport préliminaire sur 1066 champions français qui trouve un mauvais accueil de Michel Gauquelin. Ce dernier critique des violations du protocole de 1982 sur l'échantillonnage dont il considère qu'il ne respecte pas les critères de renommée des champions sélectionnés. Durant l'étude, Michel Gauquelin suggère des ajouts et des retraits de champions que le CFEPP réfute. En 1996 le CFEPP publie son rapport qui conclut à la non existence de l'Effet Mars en relevant les valeurs de 18,76 % de position de Mars en secteur clés chez les sportifs pour une espérance théorique calculée à 18,2 %[réf. souhaitée]. La valeur d'espérance de Mars attendue étant supérieure aux précédentes études, cette dernière est contestée. Jan Willem Nienhuys, un mathématicien hollandais, tout en accréditant l'inexistence de l'Effet Mars a recalculé la valeur théorique de Mars en secteur 1 et 4 aux environs de 17,7 %, ce qui ne rend pas pour autant l'étude du CFEPP significative sur le calcul des secteurs 1 et 4 cumulés[réf. souhaitée].

Les biais

Il est relativement facile d'introduire à dessein des biais dans ce type d'analyse. Il suffit pour cela de sélectionner une population dont la répartition de Mars dans différents secteurs n'est pas uniforme. Le résultat peut alors valider ou invalider l'« effet Mars » sans traduire autre chose que le choix d'un échantillon biaisé. Le choix de sportifs « de renom » est lui-même subjectif et source potentielle de biais : il est par exemple possible d'écarter tel ou tel sportif dont le secteur de Mars ne correspond pas à celui désiré, au motif que celui-ci n'a pas un renom suffisant. C'est pourquoi la méthode objective de Ertel consistant à ne prendre que des sportifs cités un nombre de fois définis dans une liste de publications définies a été nécessaire pour éviter les biais d'échantillonnage sur ce critère. Il existe d'autres possibilités de biais dus à des erreurs de date et heure de naissance, mais la persistance et la reproduction de l'Effet Mars semble nettement montrer que l'on ne peut les retenir pour invalider la démarche[réf. nécessaire]. S'ils étaient primordiaux, les distributions seraient hasardeuses[réf. souhaitée]

Le Professeur en psychologie allemand Suitbert Ertel[9] avait entrepris depuis 1982 une analyse exhaustive des travaux de Gauquelin, et était entré en contact avec le CFEPP durant son étude. En 1988, Michel Gauquelin lui confie son laboratoire et Suitbert Ertel y découvre des fichiers de sportifs non publiés par Michel Gauquelin[réf. souhaitée]. Il s'expliquera sur la non publication de ces sportifs en considérant qu'ils sont de moindre importance que les champions dont il a publié les données. Ertel récupère les données publiées et non publiées et se livre à des calculs et des compilations. Il découvre alors que Michel Gauquelin a eu tendance à publier des données de sportifs de moindre importance, quand ces derniers avait une position de Mars favorable à sa thèse sur l'Effet Mars. Le biais de Michel Gauquelin est mis au grand jour dans une suite d'articles publiés par Ertel[réf. souhaitée].

La persistance de l'Effet Mars avec le degré de notoriété

Pour mettre en évidence le biais de Gauquelin le professeur Suitbert Ertel avait dû classifier les champions suivant un degré de notoriété qui permettait de déterminer si oui ou non, Michel Gauquelin, avait rajouté des champions de faible notoriété dans ses échantillons publiés. Il entreprit donc une classification en relevant le nombre de citations de champions qu'il trouvait dans des ouvrages et constitua une échelle de 5 degrés de notoriété. Ertel mit alors en évidence que l'Effet Mars croît avec la notoriété pour atteindre un degré de signification à partir du 3e degré de son échelle. Cette étude a été publiée dans une revue (Journal of Scientific Exploration (en)) que la science officielle qualifie de pseudo-scientifique.

Pour le rédacteur en chef de la revue Science et pseudo-sciences  : « Ceux « qui croient » en l’effet Mars, comme tous ceux qui croient aux diverses pseudosciences, se trouveront toujours des raisons de croire, trouveront toujours des « faits » pour conforter leur opinion, dût cette opinion se faire contre les faits et la réalité. Et ils réclameront toujours plus fort des expérimentations, ils dénonceront toujours davantage une prétendue chape de plomb de la « science officielle », mais continueront à ignorer les résultats existants et les études rigoureusement menées[2]

Notes et références

  1. Les Sceptiques du Québec, « Effet Mars • Dictionnaire Sceptique », sur www.sceptiques.qc.ca (consulté le )
  2. « Mars ne s’intéresse pas aux sportifs... / Afis Science - Association française pour l’information scientifique », sur Afis Science - Association française pour l’information scientifique (consulté le )
  3. Michel Gauquelin, Le dossier des influences cosmiques: caractères et tempéraments, ed. Denoël, 1973, page 97
  4. Michel Gauquelin a écrit: « La position natale de Mars est bien l'expression d'un tempérament, elle n'a que peu de chose à voir avec le destin professionnel » dans Le dossier des influences cosmiques: caractères et tempéraments, ed. Denoël, 1973, page 101, alors que sa statistique ne porte que sur la réussite professionnelle.
  5. Michel Gauquelin s'est défendu de faire de la néo-astrologie en affirmant que ses travaux mettent en avant les maisons XII, IX, VI et III et non les maisons I, IV, VII et X (cf. Le dossier des influences cosmiques: caractères et tempéraments, ed. Denoël, 1973, pages 234-235).
  6. « Page d'accueil », sur Comité Para (consulté le ).
  7. http://www.dioi.org/dennisrawlins.htm
  8. FATE
  9. http://www.psych.uni-goettingen.de/home/ertel/ertel-dir/

Voir aussi

Articles connexes

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